Perdu en paradis

Par Équipe Magazine MBAC le 24 avril 2013

Janet Cardiff et George Bures Miller, The Paradise Institute [détail] (2001), lecteur DVD, projecteur vidéo, commandes électroniques, amplificateur, écran de film, 16 écouteurs, vidéodisque numérique (DVD) de 13 min, 16 fauteuils de théâtre, tapis synthétique, lampes à halogène et à incandescence, bois, contre‑plaqué, peinture à l'huile du commerce, polystyrène et tissu, 3 x 12 x 5.1 m. MBAC. Don anonyme, 2002

Bien qu’elle n’ait l’air de rien vue de l’extérieur – un simple cube de contreplaqué, sans ornement –, l’installation multimédia de Janet Cardiff et George Bures Miller, The Paradise Institute, a causé au sculpteur et conservateur d’art contemporain David Norr un choc dont il n’est pas près de se remettre. C’était à la Biennale de Venise, en 2001. « Je me rappelle avoir fait la queue pendant trois heures et demi, raconte-t-il. Il faisait une chaleur d’étuve. Mais ensuite nous sommes entrés dans un espace théâtral très beau et très sombre et je ne me souviens que du plaisir extraordinaire que j’ai ressenti devant cette œuvre qui décline tellement de strates. » Et il ajoute : « Janet et George ont aussi un autre talent, celui de raconter des histoires d’une façon tellement grave, tellement profonde. L’œuvre est inoubliable, obsédante, c’est une expérience rarissime, je crois, en art contemporain. »

À l’intérieur de la structure de contreplaqué, un décor luxueux de salle de cinéma meublé de fauteuils de velours rouge transporte le public dans les années 1930. Pendant les 13 minutes que dure la projection multimédia, les visiteurs, coiffés d’écouteurs individuels, sont immergés dans de multiples sons, dialogues et trames narratives dont certains fragments émanent de l’écran tandis que d’autres, telle une sonnerie de cellulaire ou un chuchotement, semblent provenir de la pièce même. The Paradise Institute (une œuvre de la collection du Musée des beaux-arts du Canada actuellement en tournée grâce au programme En Réseau) brouille toutes les limites entre la mémoire, la réalité et l’imagination.

Créée par Janet Cardiff (née en 1957) et par George Bures Miller (né en 1960), deux artistes établis qui travaillent également en collaboration depuis le milieu des années 1990, The Paradise Institute a remporté le prestigieux Prix spécial du jury de la Biennale de 2001 pour « avoir fait participer le public à une nouvelle expérience cinématique au cours de laquelle la fiction et la réalité, la technologie et le corps convergent en de multiples voyages dans l’espace et le temps ». À la différence d’autres œuvres d’artistes de réputation internationale, l’installation a cependant rarement été exposée aux États-Unis – notamment à cause de sa taille et de la complexité de son installation.

Janet Cardiff et George Bures Miller, The Paradise Institute [détail] (2001), lecteur DVD, projecteur vidéo, commandes électroniques, amplificateur, écran de film, 16 écouteurs, vidéodisque numérique (DVD) de 13 min, 16 fauteuils de théâtre, tapis synthétique, lampes à halogène et à incandescence, bois, contre‑plaqué, peinture à l'huile du commerce, polystyrène et tissu, 3 x 12 x 5.1 m. MBAC. Don anonyme, 2002

David Norr a été nommé conservateur principal du Museum of Contemporary Art de Cleveland (MOCA Cleveland) en 2011, au moment où ce musée organisait son déménagement d’octobre 2012 dans un nouvel espace de près de 3 200 m2 conçu par l’architecte de renommée mondiale Farshid Moussavi.

Lorsqu’il a planifié l’inauguration du nouveau musée, David Norr savait qu’il voulait faire connaître ces deux artistes canadiens et présenter un de leurs chefs-d’œuvre. « Cette pièce en particulier offre une expérience si rare ! C’est une sculpture, c’est une œuvre sonore, c’est un film. C’était vraiment intéressant de voir les visiteurs entrer et sortir de ce simple cube de contreplaqué. »

Le MOCA Cleveland présente en même temps les œuvres de performance de Kate Gilmore, une artiste américaine qui, à l’instar de Cardiff et de Miller, explore l’univers de la psychologie. « C’est une belle association, explique David Norr. Cette saison, nous voulions voir comment les visiteurs comprenaient les œuvres d’art et examiner l’éventail des procédés utilisés pour sensibiliser ces derniers à une nouvelle réflexion sur ce qu’ils font et sur ce qu’ils voient. »

MOCA Cleveland © Dean Kaufman, avec l'autorisation de MOCA Cleveland

À une époque où les musées et les galeries d’art s’efforcent de maintenir et d’accroître leur fréquentation, il est essentiel d’orienter le débat sur les visiteurs et de trouver des façons novatrices d’amorcer un dialogue sur le travail des artistes tout en incitant le public à se lancer dans une réflexion approfondie et originale sur ce qu’est la culture. Cardiff et Miller ont atteint cet objectif précis. « Tous les deux pensent aux visiteurs et aux moyens de maintenir leur intérêt pour leur propre travail, poursuit David Norr. Ce sont non seulement des artistes exemplaires au sens le plus large du terme, mais aussi des artistes qui ont le talent de réfléchir aux moyens de susciter l’intérêt du public grâce à des techniques bien particulières et à des méthodes efficaces, qui ont le pouvoir de transformer. Et ils atteignent chaque fois leur but. »

The Paradise Institute est au MOCA de Cleveland jusqu’au 9 juin. Du 4 mai au 9 juin, les visiteurs du Cleveland Museum of Art pourront aussi admirer la sculpture sonore de Janet Cardiff, Motet pour quarante voix (également dans la collection du MBAC). Quant à ceux et celles qui vivent plus près de chez nous et qui sont en quête d’expériences sensorielles inhabituelles, ils doivent à tout prix visiter l’exposition d’œuvres choisies de Janet Cardiff et de George Bures Miller, Lost in the Memory Palace, à l’affiche au Musée des beaux-arts de l’Ontario jusqu’au 18 août prochain.  


Par Équipe Magazine MBAC| 24 avril 2013
Catégories :  Expositions

À propos de l’auteur(e)

Équipe Magazine MBAC

Équipe Magazine MBAC

Partagez cette page

Ajouter un commentaire

Commentaire

HTML autorisé : <b>, <i>, <u>

Commentaires

© 2013 Le Musée des beaux-arts du Canada. Tous droits réservés.

 2014