Pleins feux sur deux chefs-d’œuvre de Tom Thomson

Par Peter Zimonjic, Éditeur vidéo en chef et rédacteur de contenu, MBAC le 27 juin 2014

Tom Thomson, esquisse pour  Le vent d’ouest, printemps 1916, huile sur bois, 21,4 x 26,8 cm. Collection du Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto. Don de la Collection J.S. McLean, Toronto, 1969. Don de la Fondation du patrimoine ontarien, 1988

Deux toiles de Tom Thomson,  Le vent d’ouest et Le pin, ont profondément imprégné la conscience nationale du Canada depuis leur sortie de l’atelier de l’artiste, en 1917. Nous savons comment elles ont aidé le Groupe des Sept à se libérer du carcan des traditions européennes et à peindre le Canada d’une manière canadienne. Nous savons à quoi elles ressemblent sur des tasses, des T-shirts, des napperons et des parapluies. Toutefois, la plupart d’entre nous ne savent pas vraiment comment elles ont été créées,  comment des croquis travaillés au fond d’une petite boîte de peinture par un Thomson assis dans l’air froid du printemps du nord de l’Ontario sont devenus des grands tableaux finis, achevés au moins trois saisons plus tard dans l’atelier d’hiver de l’artiste.

Présentée à compter du 27 juin dans le cadre de la série « Comprendre nos chefs-d’œuvre » du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), l’exposition Tom Thomson. Le pin et Le vent d’ouest tente de soulever le rideau de la légende et de la familiarité qui drape les deux derniers chefs-d’œuvre de Thomson et de révéler toutes les facettes du maître au travail. Elle regroupe neuf de ses œuvres, trois tableaux finis et six esquisses à l’huile. 

« On parle souvent des difficultés et de la volonté de Thomson de produire de majestueuses peintures canadiennes – de vastes concepts difficiles à saisir –, mais le but de cette exposition est de montrer comment il s’y est pris et ce qu’il pensait au fond de lui, quand il travaillait, explique Stephen Gritt, directeur, Conservation et Recherche technique au MBAC et commissaire de l’exposition.  On revient à un l’image d’un type comme les autres, qui peignait bien et qui pensait en peintre quand il peignait. »

Tom Thomson Le vent d’ouest, hiver 1916–1917, huile sur toile, 120,7 x 137,9 cm. Collection du Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto. Don du Canadian Club of Toronto, 1926

L’exposition est une rare occasion d’admirer côte à côte ces deux toiles et leurs esquisses à l’huile puisque le croquis du Vent d’ouest et le tableau fini font tous deux partie de la collection du Musée des beaux-arts de l’Ontario, tandis que Le pin se trouve dans celle du MBAC [et son esquisse à l’huile au RiverBrink Art Museum de Queenston, en Ontario]. C’est en 2011–2012, lorsque ces quatre œuvres ont été réunies pour une tournée européenne, que Stephen Gritt et d’autres ont compris l’intérêt de cette présentation groupée. « C’est fabuleux de les réunir parce qu’on ne les voit pas comme on les verrait sous la perspective du Groupe des Sept ou de l’ensemble de la carrière de Thomson », souligne Stephen Gritt. Autre bonus pour les visiteurs : c’est la première fois que Le pin et Le vent d’ouest sont exposés ensemble depuis qu’ils ont été entièrement nettoyés et restaurés et qu’ils ont retrouvé la luminosité et l’éclat qu’ils avaient en sortant de l’atelier de l’artiste, il y a près de cent ans.   

L’exposition met aussi en vedette une esquisse peinte au printemps de 1915 et le tableau fini – achevé dans l’atelier de l’artiste à l’hiver de 1915–1916. Les visiteurs qui verront le travail réalisé par Thomson un an plus tôt avec le même procédé pourront se faire une juste idée de son évolution artistique en un an et imaginer ce qu’il aurait pu peindre s’il avait vécu une ou de nombreuses autres saisons.  « Si Thomson n’était pas mort en juillet 1917, il aurait sans doute peint quelque chose de très différent à l’hiver 1917–1918 et les années suivantes. C’est un des intérêts de l’exposition. Chaque œuvre est une expérience en soi dans la mesure où il cherche encore son style. »

 

Tom Thomson, Esquisse pour Le pin, printemps 1916, huile sur panneau de bois, 21 x 26,7 cm. Collection du RiverBrink Art Museum, Queenston, Ontario

Tous deux inspirés du paysage du nord de l’Ontario, les derniers tableaux de Thomson, Le vent d’ouest et Le pin, sont souvent vus comme frère et sœur, et les caractéristiques qui les unissent sont aussi celles qui aident à les distinguer. Tous deux décrivent le nord de l’Ontario, mais de façon très différente, et utilisent différentes méthodes.

Stephen Gritt poursuit : « On sent presque le souffle du vent dans le croquis de Vent d’ouest et je pense que Tom Thomson l’a amplifié dans le grand tableau en faisant appel à ses souvenirs. Mais le croquis du Pin dépeint une après-midi ou un début de soirée plutôt insipide – le temps est indécis, sans grand intérêt, mais l’ambiance qui s’en dégage semble avoir impressionné Thomson. Dans le tableau fini, il a totalement éliminé cette atmosphère et l’a remplacée par de la couleur pure ; toute référence au réel a disparu et l’environnement est devenu purement chromatique. »

Certains croient que si Thomson a peint Le vent d’ouest avec un vent d’une telle violence, c’est parce que – comme le révélera plus trad le mécène du Groupe des Sept James MacCallum, présent lorsque Thomson a réalisé l’esquisse –, le vent soufflait si fort cette journée-là qu’il a littéralement arraché un arbre qui atterri sur Thomson pendant qu’il peignait. Sa mémoire n’a pas pu séparer l’incident de la scène lorsqu’il a travaillé l’esquisse l’hiver suivant, dans son atelier.   

Tom Thomson, Le pin, hiver 1916–1917, huile sur toile, 127,9 x 139,8 cm. MBAC. Acheté en 1918

Selon Stephen Gritt, la mémoire a aussi pu jouer un rôle déterminant lorsque Thomson a créé les couleurs d’automne éclatantes du Pin. Il est probable que le croquis Lac en automne (1916), qui fait aussi partie de l’exposition, n’a pas été peint en plein air mais plutôt à l’intérieur, et donc de mémoire – mais une mémoire très synthétique qui a produit des contrastes et des combinaisons de couleurs très riches. La palette de couleurs de cette expérience chromatique est remarquablement semblable à celle du Pin, mais elle n’a jamais abouti à une grande toile. Le fait que ce croquis ait été créé beaucoup plus tard que celui du Pin explique-t-il l’existence du tableau fini ? Il appartient au visiteur de juger.

L’exposition de la série « Comprendre nos chefs-d’œuvre » Tom Thomson. Le pin et le vent d’ouest sera à l’affiche du Musée des beaux-arts du Canada jusqu'au 4 janvier 2015.


Par Peter Zimonjic, Éditeur vidéo en chef et rédacteur de contenu, MBAC| 27 juin 2014
Catégories :  Expositions

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