Pleins feux sur les conflits

Par Andrea Kunard, Conservatrice adjointe, photographies, MBAC le 14 janvier 2013

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Carlos Sanchez et Jason Sanchez, Abus de la jeunesse (2007), épreuve au jet d'encre montée sur Dibond, 155,2 x 226,2 x 4,8 cm encadré. MBAC

Les images, aujourd’hui emblématiques, prises par des photographes tels que Roger Fenton, Félice Beato et Timothy O’Sullivan marquent la naissance au XIXe siècle du lien entre la photographie et les thèmes des conflits et de la guerre. D’autres photographes, dont Robert Capa, Chim (David Seymour) et James Nachtwey, témoigneront le siècle suivant, à leur façon, des destructions et des ravages liés aux guerres. Les photographes canadiens se sont aussi intéressés à ce sujet : si certains ont produit des documents exhaustifs sur les thèmes du conflit et de la guerre dans le contexte d’une quête personnelle, d’autres ont été guidés par un besoin de révéler les injustices.

Collision. Le conflit et ses conséquences fait appel aux collections du Musée canadien de la photographie contemporaine (MCPC) et du Musée des beaux-arts du Canada pour analyser le poids humain des guerres et des traumatismes, ainsi que l’impact des médias sur les descriptions des conflits.

L’exposition présente les images prises par Sam Tata retraçant la chute de Shanghai, en 1949, qui saisissent à la fois le chaos de la panique, la célébration de la victoire et l’effroyable réalité du nettoyage social effectué par les nationalistes en fuite lorsque ceux-ci jugèrent et exécutèrent sommairement certains « indésirables ». Étudiant l’impact des guerres sur les civils, le photographe Michael Mitchell — envoyé par le MCPC et par l’organisation pacifique nicaraguayenne CONIPAZ au Nicaragua en 1984 — s’est pour sa part concentré sur les bouleversements vécus par les Nicaraguayens lors de la lutte de pouvoir opposant les Sandinistes aux Contras. Adoptant un point de vue personnel, le photographe d’origine chilienne Rafael Goldchain s’est quant à lui penché sur les luttes politiques de l’Amérique centrale, tentant de recréer sa propre histoire à travers celle d’un autre pays et de ses habitants. Enfin Larry Towell, célèbre photographe de l’agence Magnum, est régulièrement attiré vers les zones de conflit comme celles de l’Amérique centrale et du Moyen-Orient. Cultivant des liens directs avec la population, il documente la lutte pour les droits élémentaires dans un climat de terreur et de répression.

 

Larry Towell, De jeunes Palestiniens lançant des pierres à des soldats israéliens. Ramallah, Cisjordanie (octobre 2000), épreuve à la gélatine argentique, 32,5 × 48,2 cm. MBAC. © Larry Towell

Outre ces descriptions sans fard de conflits et de violence, Collision s’attache également à décrire le legs des guerres et le rôle du souvenir et de la commémoration. Peter MacCallum et Bertrand Carrière ont photographié des champs de bataille de la Première Guerre mondiale, chacun d’eux scrutant les reliquats de l’histoire qui, à l’instar de la mémoire collective, s’estompent. Leur thème de prédilection est l’absence — un sentiment concret en raison de notre connaissance collective des événements rattachés à ces lieux. La puissance de la présence des choses disparues habite aussi les photos des artefacts qui ont survécu à l’anéantissement d’Hiroshima prises par Hiromi Tsuchida. Ses images, à l’instar de celles de Robert Del Tredici qui illustrent la culture de la guerre froide, soulignent les limites du témoignage de l’absence et attestent la capacité de la photographie d’évoquer ce qui ne peut en vérité être   représenté : l’annihilation totale.

Les images de Birkenau et d’Auschwitz de Jack Burman, qui témoignent des répercussions des guerres sur les générations et nous rappellent notre devoir de mémoire, accordent aussi une grande importance à l’héritage de la destruction par la guerre légué aux survivants et aux générations suivantes. De son côté, Jin-me Yoon aborde les traumatismes actuels laissés par les anciennes guerres. Bien consciente du fait que la guerre de Corée a façonné la conscience coréenne, divisé les familles et laissé nombre de souvenirs douloureux, l’artiste a elle-même été élevée dans une atmosphère de silence, les membres de sa famille parlant rarement de cette guerre. Elle présente son sujet comme elle l’a vécu — indirectement, en mettant en scène des scénarios imaginaires de conflit. De la même façon, l’image de deux soldats s’affrontant sur un champ de bataille réalisée par les frères Sanchez est inspirée du récit d’un soldat ayant vécu l’invasion de l’Irak. Le travail des frères Sanchez est cependant également nourri des descriptions de guerre hollywoodiennes exploitant le spectacle du champ de bataille — et également mieux compris par le public.

Comme toutes les images en général, les photos regroupées pour Collision associent à divers degrés fiction et documentaire. Toutefois, elles nous rappellent le lien entre la photographie et la mémoire, et ce que nous pensons être l’histoire.

Collision. Le conflit et ses conséquences est présentée au MBAC du 1 février au 21 avril.

 

 


Par Andrea Kunard, Conservatrice adjointe, photographies, MBAC| 14 janvier 2013
Catégories :  Expositions
Keywords :  À Venir

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Andrea Kunard, Conservatrice adjointe, photographies, MBAC

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