Questions de perception : deux œuvres emblématiques de l’art conceptuel

Par Peter Zimonjic, Éditeur vidéo en chef et rédacteur de contenu, MBAC le 22 juillet 2014

  

Neil Campbell, Boom, Boom (1993). Photo : Contemporary Art Gallery, Vancouver. Photographe : Chris Gergley

Il y a quelque chose de fascinant dans une œuvre d’art capable de déjouer à la fois l’esprit et le corps. Boom, Boom (1993), de l’artiste saskatchewanais Neil Campbell, qui consiste en deux cercles géants peints sur des murs à 90 degrés l’un de l’autre, crée une telle illusion chez les visiteurs des salles d’art contemporain du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC). Prenez un peu de recul, et vous ne serez plus certains que les grands cercles noirs mats sont peints ou pas. Pourrait-il s’agir de trous pratiqués dans les murs, faits pour ressembler à une peinture ? Ces cercles seraient-ils des embrasures donnant sur un espace sombre ? Plus près, en se penchant, il devient apparent que le mur a été couvert d’acrylique; mais pourtant, nous ressentons l’impression étrange d’être au bord d’un puits sans fond.

« Boom, Boom provoque un effet physique sur le public, mais l’œuvre présente également une dimension psychologique. Lorsque nous sommes face au vide, nous avons généralement cette réaction étrange; nous n’avons pas envie de regarder ce qui est devant nous, mais en même temps nous en sommes intrigués », explique Josée Drouin-Brisebois, conservatrice de l’art contemporain au MBAC. « C’est une forme de rencontre avec une réalité qui ne nous est pas familière, que nous ne comprenons pas, et c’est ce qui est captivant. L’artiste joue avec l’idée de ce qui est présent et ce qui est absent et, alors que nous sommes devant l’œuvre, plutôt que de nous y perdre, nous prenons plutôt conscience de notre propre présence. Nous voici interpellés, légèrement désorientés, et ce sentiment renvoie à l’évidence de notre existence, à cet instant même, face à l’installation. » 

Au cours de sa carrière, Campbell a exploré différentes formes, mais le cercle, ou point, est le motif qu’il a le plus utilisé. Ses peintures et installations ont été décrites par l’artiste vancouvérois Roy Arden comme allant au-delà des simples expériences optiques pour s’adresser à l’intégralité de la physiologie du spectateur. La manière dont cette pratique se manifeste dans Boom, Boom est assez claire.

« Les dimensions des cercles sont spécifiquement choisies pour établir une relation avec le corps et l’architecture, et un élément déterminant dans la création de cette dynamique est l’espace blanc entre les deux points noirs, explique Drouin-Brisebois. Il y a véritablement une forme de tension qui se manifeste dans cet espace blanc. On a presque l’impression que les cercles sont attirés ou repoussés l’un par l’autre. C’est à la fois de la peinture, de la sculpture, de l’architecture et de l’art interactif. Et c’est ce qui, pour moi, est vraiment attirant. »

Sur le mur opposé se trouve une autre œuvre qui part du même principe de la peinture sur surface verticale, tout en donnant un résultat complètement différent. Mur jaune (2012), de l’artiste suisse Olivier Mosset, joue avec l’idée simple qu’un mur peint en jaune peut être une œuvre d’art. L’idée est inspirée du mouvement de l’art conceptuel des années 1960, qui vise à sortir le marché, la galerie et même le processus de création artistique de l’objet lui-même, le ramenant à une idée qui peut être partagée et adaptée par d’autres. C’est une vision analogue à celle du programme informatique libre, conçu précisément pour permettre à d’autres programmeurs informatiques de l’adapter et de le modifier en fonction de leurs besoins ou projets.

« Les deux œuvres suscitent la réflexion dans un même espace, dit Drouin-Brisebois. Dans un cas, nous avons un artiste très engagé, qui choisit la peinture noire mate, qui crée la taille des cercles, qui les place à une certaine distance l’un de l’autre sur des murs formant un angle précis, érigés spécialement pour accueillir l’œuvre. Dans l’autre, avec Mur jaune, l’artiste définit au contraire l’idée, puis s’en retire, sans choisir le jaune à utiliser, ni la taille du mur, et permettant même que des tableaux d’autres peintres soient accrochés là. »

On peut voir Boom, Boom et Mur jaune au MBAC, dans les salles d’art contemporain du 2e étage (B202), jusqu’au 10 septembre 2014.


Par Peter Zimonjic, Éditeur vidéo en chef et rédacteur de contenu, MBAC| 22 juillet 2014
Catégories :  Expositions

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