Réglez votre montre sur elle : The Clock [L’horloge]

Par Becky Rynor le 15 octobre 2013

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Christian Marclay, The Clock (2010), installation vidéo à canal unique, durée : 24 heures. Acheté en 2011 grâce à l'appui généreux de Jay Smith et Laura Rapp, et Carol et Morton Rapp, Toronto. Acquis conjointement par le Musée des beaux-arts du Canada et le Museum of Fine Arts, Boston. © l’artiste. Photo : Ben Westoby, avec l'autorisation de White Cube Gallery

Jonathan Shaughnessy admet qu’il ne savait pas trop à quoi s’attendre lorsqu’il a finalement eu l’occasion de voir The Clock. En l’espace de quelques minutes, il a été happé.

« Il ne m’a pas fallu longtemps pour réaliser que cette œuvre d’art est vraiment singulière », raconte le conservateur associé, art contemporain, du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) à propos de sa première rencontre avec The Clock. « C’est l’une de ces très rares créations emblématiques qui marquent l’imaginaire. »

C’était en 2010, quand l’ode au temps et au cinéma du vidéaste Christian Marclay, célèbre dans le monde entier, a été dévoilée au White Cube à Londres. Depuis, elle a été achetée par plusieurs musées et galeries d’art, dont le MBAC. La pièce a également valu à son auteur un Lion d’or à la Biennale de Venise en 2011.

The Clock est composée de milliers d’extraits de films et de fragments visuels se rapportant au temps. Montres-bracelets, tours d’horloge, cadrans solaires, réveille-matins, comptes à rebours ou bribes de dialogues ponctuent chaque minute des 24 heures d’une journée. Autre aspect particulièrement étonnant : The Clock marque l’heure exacte à laquelle le spectateur la regarde.

« C’est une vidéo de 24 heures synchronisée sur le temps réel, explique Shaughnessy. Elle est incroyablement montée et la somme de travail investie dans la création d’un flux à partir de récits totalement fragmentés est extraordinaire. Je pense que c’est en partie ce qui fait l’intérêt de cette œuvre. Elle est très facile à regarder et pourtant, chaque spectateur sait pertinemment qu’il n’y a aucune intrigue, aucune histoire qui va se concrétiser, tout est discontinu. »

Sur un autre plan, The Clock est une « véritable attraction populaire », selon Paul Butler, conservateur au Musée des beaux-arts de Winnipeg, auquel le MBAC a prêté l’installation du 11 octobre 2013 au 5 janvier 2014.

« Des créations envoûtantes comme celles-ci nous donnent l’occasion d’avoir une plus grande visibilité, affirme-t-il. C’est l’un de ces exemples parfaits d’une œuvre susceptible d’attirer un public élargi, des gens qui d’ordinaire pourraient se sentir intimidés par l’art contemporain et ne franchiraient pas nécessairement la porte du Musée. C’est une pièce qui a un vrai rayonnement. Elle brouille les frontières entre art visuel, installation et cinéma, mais elle brouille aussi celles entre des publics différents. »

La réalisation de The Clock a pris plusieurs années, durant lesquelles l’artiste et ses assistants ont sélectionné avec application des extraits de productions d’un siècle de cinéma. Il s’agit de la première pièce de Christian Marclay acquise par le MBAC (cojointement avec le Museum of Fine Arts, Boston), et elle a été qualifiée de chef-d’œuvre contemporain, rien de moins.

« Marclay frappe juste avec une œuvre qui correspond pour l’essentiel à ce pour quoi il est reconnu : l’appropriation de films, de musique ou d’éléments de l’imagerie populaire et leur reconditionnement en autre chose, dit Butler. Il a trouvé un moyen de rendre son amour du cinéma, l’histoire et la magie de celui-ci d’une façon qui en révèle les archétypes et formes, et ouvre également sur quelque chose de plus vaste, la notion d’enregistrement du temps à travers des images en mouvement. »

Butler voit The Clock comme une œuvre à la fois charmeuse, hypnotique et purement divertissante.

« Les gens pensent rester 15 minutes à la regarder, et ils ressortent quatre heures plus tard, explique-t-il. Difficile de comprendre complètement comment il a réussi ça. J’aurais aimé pouvoir dire que toutes les heures que j’ai passées au cinéma et devant la télévision servaient à des recherches pour un projet. C’est tellement impressionnant de penser qu’il est passé à travers l’histoire du film et a donné naissance à ceci. C’est une prouesse qui dépasse l’entendement. »

The Clock est à l'affiche au Musée des beaux-arts de Winnipeg jusqu'au 5 janvier 2014.


Par Becky Rynor| 15 octobre 2013
Catégories :  Expositions

À propos de l’auteur(e)

Becky Rynor

Becky Rynor

Basée à Ottawa, Becky Rynor est journaliste et rédactrice en chef.

 

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