Trompé par la nature à Toronto

Par Peter Zimonjic, Éditeur vidéo en chef et rédacteur de contenu, MBAC le 20 février 2014

David Altmejd, Les Trous (2008), bois, miroir, colle, plâtre, mousse, fil de métal, argile à  l'époxyde, résine d'époxy, peinture, crin, branches synthéthiques, fleurs synthéthiques, cônes de pin, billes de verre, quartz, œufs de caille, paillettes et coquilles d'escargots, 291,5 x 883,9 x 518,2 cm installé (approx.). MBAC

Après avoir été applaudie à l’Art Gallery of Alberta (AGA), une version légèrement remaniée de l’exposition Trompé par la nature. Résonances du Baroque dans l’art contemporain a pris l’affiche au Musée d’art contemporain canadien (MACC) de Toronto, dans le cadre du programme MBAC@ du Musée des beaux-arts du Canada.

Le titre de l’exposition s’inspire d’une critique de l’historien d’art Johann Joachim Winckelmann à l’endroit de l’artiste italien du XVIIe siècle, Gian Lorenzo Bernini dit le Bernin, qui aurait été « trompé par la nature » en créant des sculptures baroques exubérantes et richement ornées.

 « Le mot ‘baroque’ avait à l’origine une connotation négative, explique l’une des commissaires de l’exposition Josée Drouin-Brisebois, conservatrice de l’art contemporain au MBAC. On voyait dans ce mouvement une déformation volontaire des principes immuables de l’art classique, basés sur les règles des Grecs et des Romains de l’Antiquité. On y voyait un art qui s’adressait uniquement aux sens, plutôt qu’à la réflexion et aux idées. »

Lorsque Trompé par la nature prit l’affiche à l’AGA, une autre commissaire de l’exposition, Catherine Crowston, également directrice générale et conservatrice en chef de l’AGA, demanda à l’artiste Tricia Middleton de réaliser une œuvre pour cette présentation. La pièce s’intitule La seule façon de vivre aujourd’hui est de faire siens le néant et la ruine.

Tricia Middleton, La seule façon de vivre aujourd’hui est de faire siens le néant et la ruine (2012), installation, techniques mixtes. Collection de l’artiste

« Nous détruisons notre propre habitat et la nature finira par se le réapproprier, affirme Tricia Middleton. Je voulais créer une œuvre qui était en partie futuriste, mais qui puisait aussi dans le passé tout en renvoyant à un espace abandonné, laissé aux éléments et au temps, comme l’accumulation de cire. La déchéance y est bien visible. Elle parle de mortalité, avec cet espace abandonné. Elle évoque l’idée d’une fin, que peut-être nous voudrions éviter. »

L’artiste explique que sa sculpture en techniques mixtes est « telle une structure recouverte de glace qui ressemble par certains côtés aux flèches d’une église, comme celles du Sacré-Cœur à Paris, avec leurs vides au sommet. Ce sont de grands dômes étroits, mais à l’intérieur, c’est un espace entièrement nu. Lorsque je regarde cette création, j’ai un peu l’impression de contempler le corps d’un animal, ses os et le corps qui se désagrège autour d’eux. Cela rappelle des formes anciennes, quelque chose qui serait à la fois préhistorique et futuriste. »

Tricia Middleton a modifié cette œuvre qui n’était pas adaptée à l’espace du MACC, promettant aux visiteurs de vivre une expérience légèrement différente de celle qu’ils auraient vécue à l’AGA d’Edmonton. Su-Ying Lee, conservatrice adjointe au MACC, explique qu’il est extrêmement intéressant d’avoir une œuvre conçue sur mesure pour le musée de Toronto.

« Tricia Middleton est en résidence depuis quelques mois à New York. Elle est venue nous voir et nous a dit qu’elle changeait d’orientation, dit Su-Ying Lee. L’œuvre est la même, mais elle a été adaptée au lieu et inclut de nouveaux éléments. »

Mark Bradford, Africa [L’Afrique], 2013, techniques mixtes sur toile, papier mâché et collage, 2 parties, peinture : 259,1 x 365,8 cm, sculpture : 50,8 x 50,8 x 50,8 cm. © Mark Bradford. Photo : Genevieve Hanson

L’exposition d’Edmonton comprenait une installation de l’artiste américaine Sarah Sze, 360 (planétarium portable) qui s’est également révélée trop grande pour le MACC. Jonathan Shaughnessy, conservateur adjoint de l’art contemporain au MBAC et un autre commissaire de l’exposition, a donc proposé un collage en techniques mixtes du célèbre artiste américain Mark Bradford, Africa [L’Afrique] (2013).

« Africa [L’Afrique] fait référence à l’atlas du XVIIe siècle publié par Joan Blaeu, pendant la période baroque, précise Jonathan Shaughnessy. L’artiste crée à l’aide de différentes couches de papier une œuvre inspirée d’une page de cet atlas, qui illustre les routes commerciales entre l’Afrique et les Pays-Bas. »

« Le livre de Blaeu a intrigué l’artiste afro-américain basé à L.A. qu’est Mark Bratford. Grand cartographe à son époque, Blaeu a travaillé pour la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, une entreprise dont les activités pendant la période coloniale baroque englobaient la traite d’esclaves, ajoute Johathan Shaughnessy. Cette peinture présente des liens esthétiques et thématiques intéressants avec l’œuvre également présentée dans cette exposition de Yinka Shonibare MBE, qui propose un point de référence postcolonial et un schéma chromatique semblables. »

L’installation de Yinka Shonibare, M. et Mme Andrews sans leur tête, est une reconstruction sculpturale provocante de la célèbre toile de l’artiste britannique Thomas Gainsborough, M. et Mme Andrews. Dans cette représentation, les deux figures du portrait des riches propriétaires du XVIIIe siècle peint par Gainsborough ont été remplacés par des mannequins anonymes à la peau foncée, vêtus d’habits d’époque confectionnés selon la méthode du batik africain.

 

Yinka Shonibare, M. et Mme Andrews sans leur tête (1998), costumes de coton imprimé selon la technique du batik portés par des mannequins, mannequin de chien, banc en métal peint, fusil, 165 x 635 x 254 cm avec socle. MBAC. © Yinka Shonibare, MBE / Autorisé par DACS, Londres

Les autres sculptures viennent de la collection permanente du MBAC et comprennent des œuvres de David Altmejd, de Lee Bul et de Bharti Kher. L’exposition sera présentée jusqu’au 6 avril 2014. Consultez le site du MACC pour en savoir plus.

Avec dossiers de Becky Rynor


Par Peter Zimonjic, Éditeur vidéo en chef et rédacteur de contenu, MBAC| 20 février 2014
Catégories :  Expositions

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