Vienne, de Brian Jungen, à Winnipeg

Par Peter Zimonjic, équipe MBAC le 10 novembre 2014

  

Brian Jungen, Vienne (2003), chaises en plastique polypropylène blanc, 125 x 850 x 130 cm. Acheté en 2004 avec le Fonds Joy Thomson pour l’ acquisition d’ oeuvres d’ art de jeunes artistes canadiens, Fondation du Musée des beaux-arts du Canada. MBAC

Certaines œuvres ne peuvent que séduire – sinon pour leur beauté ou pour la qualité de leur exécution, du moins peut-être pour les idées qu’elles expriment. La sculpture de Brian Jungen exposée jusqu’au 4 janvier 2015 au Musée des beaux-arts de Winnipeg (WAG), Vienne, remplit ces trois critères.

À première vue, l’installation de 8,5 m de long ressemble à s’y méprendre à un squelette de baleine. Elle joue cependant avec humour sur nos sens car l’idée et l’apparence de la baleine s’évanouissent quand nous découvrons, en y regardant de plus près, que le « squelette » se compose de sections découpées de chaises de jardin en plastique blanc. 

Greg Hill, conservateur Audain d’art indigène au Musée des beaux-arts du Canada, explique : « Je pense que les visiteurs sont interpellés par Vienne et par les sculptures de baleine de Brian en général parce qu’ils les identifient tout d’abord comme des baleines. En tant que peuple, nous sommes captivés depuis toujours par les baleines, nous allons les voir – captivés aussi par leurs squelettes exposés dans les muséums d’histoire naturelle. Ce qui fascine les visiteurs, c’est de voir que la sculpture représente une chose et de découvrir, en s’en approchant, qu’elle devient autre chose – ce qui ajoute en fait à l’idée de l’œuvre originale. Les œuvres de Brian Jungen combinent toujours de tels effets. »

Selon Greg Hill, l’attrait de Vienne tient aussi au fait que nous reconnaissons facilement le style de Brian Jungen dans sa réalisation, ce qui nous permet de comprendre sa conception, de repérer les matériaux qui la composent et d’admirer l’utilisation créative de ses matériaux : « Après tout, combien d’entre nous peuvent imaginer la transformation d’une chaise de jardin jetable et bon marché en une sculpture évoquant le squelette d’une baleine? »

En nous incitant à envisager la chaise de jardin jetable en plastique dans le contexte de la baleine, l’artiste crée un phénomène d’attirance et de répulsion qui nous pousse à réfléchir à la situation critique de cette espèce. Il nous encourage à établir des liens entre le pillage de la ressource naturelle que celle-ci constitue et, par exemple, l’extraction des combustibles fossiles – ce même matériau qui entre dans la fabrication des chaises en plastique ici transformées en une remarquable sculpture.

Brian Jungen vit à Vancouver. Son père, d’origine suisse, avait trois ans lorsque sa famille a immigré en Colombie-Britannique; sa mère était membre de la première nation dane-zaa. Il a sept ans quand ses deux parents périssent dans un incendie et qu’il est confié à la sœur de son père et à son mari. 

Après des études à l’Université Concordia, il s’inscrit à l’Emily Carr Institute of Design où il obtient son diplôme en arts visuels en 1992. Depuis, il a exposé un peu partout dans le monde et remporté en 2002 le tout premier Prix artistique Sobey. Il est célèbre pour remettre en question la culture contemporaine de consommation et créer des œuvres qui séduisent en exprimant une idée qu’il s’empresse aussitôt de dénaturer mieux pour faire valoir son point de vue. 

Prêtée par le MBAC à la WAG dans le cadre du programme MBAC@WAG, Vienne est la troisième d’une série de sculptures de baleines réalisées à partir de chaises de plastique. La première, Transmutation (2000), se trouve également dans la collection du MBAC, la deuxième, Cétologie (2002), fait partie de la collection de la Vancouver Art Gallery, et la troisième, Vienne (2003) doit son nom à la ville où elle a été créée.

Selon le directeur général de la WAG, Stephen Borys, les œuvres de cet artiste primé s’inscrivent parfaitement dans la mission de la WAG, un musée à la fois innovant et créatif et un lieu d’apprentissage, de découverte et d’inspiration.

« Jungen prend un objet et le transforme, lui donnant une toute nouvelle dimension artistique et ouvrant la porte à un dialogue sur la consommation, ajoute Stephen Borys. Nous sommes tous des consommateurs, et Vienne nous invite à nous arrêter et à réfléchir à ce que nous achetons et pourquoi. Grâce à lui, les Winnipegois discuteront sérieusement des habitudes de consommation – et sur un plan artistique. »

L’installation de Brian Jungen, Vienne, est exposée jusqu’au 4 janvier 2015 à la Winnipeg Art Gallery. Pour de plus amples renseignements cliquez ici.


Par Peter Zimonjic, équipe MBAC| 10 novembre 2014
Catégories :  Expositions

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