Votre collection au MBAC : Canaletto et Guardi

Par Équipe MBAC le 18 avril 2017


Canaletto, Saint-Marc et la tour de l'Horloge, Venise (v. 1735–1737), huile sur toile, 132,8 x 165,1 cm. MBAC

Au XVIIIe siècle, les touristes qui effectuaient le Grand Tour affluaient dans diverses villes européennes. Si ce voyage servait souvent d’excuse à la recherche de plaisirs et de nouveautés, il était aussi une façon de parfaire une éducation, de faire découvrir à une multitude de touristes et de jeunes gens incultes les richesses culturelles de destinations telles que Florence, Paris ou Dresde.

Un Grand Tour sans étape à Venise n’était pas un Grand Tour et l’idéal était d’y séjourner pendant le carnaval pour profiter des occasions de flirts et de rencontres clandestines qui en faisaient la marque. Bals masqués, fêtes mondaines et rendez-vous romantiques symbolisaient cette ville surnommée la reine de l’Adriatique, et les distingués fils et, parfois, filles des riches familles anglaises se laissaient souvent emporter par le papillonnage ambiant avant de fonder un foyer.

Sept paysages évoquant Venise à l’époque du Grand Tour accueillent les visiteurs de la salle C207 du Musée des beaux-arts du Canada. Parmi eux, deux de Canaletto et trois de Guardi dépeignent les squares, les canaux et les palais de Venise à un âge béni, avant que l’Europe ne change à jamais. 

L’une des particularités les plus intéressantes de Canaletto, un artiste irrémédiablement associé aux vues de Venise, est qu’il ne reste pratiquement aucune de ses œuvres dans la ville qu’il disait sienne. Assez curieusement, l’artiste a surtout produit des toiles commandées ou achetées à titre de souvenirs touristiques, tout comme les touristes d’aujourd’hui achètent des cartes postales. 

Giovanni Antonio Canal est né à Venise en 1697, à une époque où la ville est encore une république. Il est le fils du peintre Bernardo Canal, d’où son surnom de « Canaletto » (Petit Canal). Il fait son apprentissage dans l’atelier de son père qui produit essentiellement des scénographies et des décors de théâtre. Au début de la vingtaine, non seulement le fils a dépassé le père et les maîtres à venir, mais il a commencé à se faire connaître pour ses vues inondées de soleil de sa ville natale.  

L’Anglais Joseph Smith devient l’agent de Canaletto dans les années 1720, et il taille pour lui un solide créneau dans le marché des collectionneurs britanniques. L’immense succès du peintre durera près de vingt ans et ses tableaux de l’époque sont encore aujourd’hui les plus recherchés. Si sa popularité fait grimper les prix et la demande, la demande finit malheureusement par impacter la qualité de son travail et il se voit accusé de produire des toiles répétitives et mécaniques. Sa réputation assure néanmoins sa popularité, surtout en Angleterre. Il semble d’ailleurs que George III possédait une cinquantaine de ses tableaux.

Dans les années 1740, la guerre de Succession d’Autriche perturbe sérieusement la tradition du Grand Tour et le flot touristique se raréfie. Aussi Canaletto décide-t-il en 1746 de s’installer à Londres pour se rapprocher de son marché le plus loyal. Il restera en Angleterre jusqu’en 1755, produisant à la chaîne des représentations des magnifiques demeures de ses mécènes. Il peint aussi de nombreuses vues de Londres et de ses ponts, ce qui incite le critique de l’époque victorienne John Ruskin — fervent défenseur du peintre Turner s’il en est — à écrire que lorsque Canaletto peint de l’eau, les « ruisseaux et la mer déshonorée gémissent de honte ». Ruskin descend en flammes, de façon cruelle et peut-être injustifiée, un artiste dont l’éclat scintillant des canaux des premières scènes vénitiennes éblouit, un maître incontestable de la lumière.

Les deux Canaletto exposés Musée des beaux-arts du Canada datent de deux époques différentes. Saint-Marc et la tour de l’Horloge, Venise (v. 1735–1737) fait partie d’un ensemble de quatre vedute (vues) commandées et achetées par William Hollbech, un riche propriétaire terrien anglais, pour son manoir dans le Warwickshire. La place Saint-Marc est presque vide, laissant penser que cette scène de rue a été peinte en début de matinée ou en fin d’après-midi. Plusieurs rayons de soleil illuminent les façades et une délicate lueur rosée anime les nuages. Une représentation sur mesure pour flatter le goût des acheteurs anglais qui favorisent plutôt les scènes paisibles, bucoliques. De la place Saint-Marc, Napoléon Bonaparte aurait dit qu’elle était « le plus élégant salon d’Europe » — un immense salon sous une voûte céleste, évoquant ainsi son échelle majestueuse et la vie festive de ses occupants.


Canaletto, Le Campo di Rialto et l'église de Saint-Jacques, Venise (v. 1740–1760), huile sur toile, 118,5 x 128,8 cm. MBAC

Le second tableau, Le Campo di Rialto et l’église de Saint-Jacques, Venise (v. 1740–1760), a sans doute été peint ultérieurement. S’intéressant au centre commercial de Venise, Canaletto propose ici une autre scène relativement paisible et agréable, ponctuée de vendeurs occupés à préparer leur étal ou se préparant à rentrer chez eux pour la soirée. Nul doute que cette composition aux accents de « comme si vous y étiez » a suscité l’envie de nombreuses personnes restées chez elles, incapables de faire le Grand Tour.

Avançant en âge, Canaletto a souvent été critiqué, voire accusé d’avoir renié le « vrai » Canaletto. Il lui est même arrivé un jour de devoir faire une démonstration publique de sa technique pour prouver qu’il savait peindre.

Canaletto rentre définitivement à Venise en 1755. Élu à l’Académie de Venise en 1763, il continue à peindre jusqu’à sa mort survenue en 1768, créant souvent de nouvelles compositions à partir d’anciennes esquisses et obtenant ainsi des effets d’une étonnante qualité.

Assez logiquement, la plupart des Canaletto enrichissent des collections particulières ainsi que des galeries et des musées britanniques ou répartis en Amérique du Nord, et quelques-uns se trouvent en Europe. Mais l’artiste reste globalement une institution anglaise, et ses œuvres sont difficiles à trouver en Italie.

Également exposés dans la salle C207, trois tableaux similaires de Venise peints par Francesco Guardi déploient une esthétique complètement différente. Si les compositions empruntent à Canaletto, le pinceau est bien moins précis et le traitement de la lumière ne présente pas le même raffinement. À la différence d’un Canaletto qui cherchait à reproduire fidèlement des vues de Venise, Guardi préférait exprimer une vision personnelle.


Francesco Guardi, L'église S. Maria della Salute, Venise (v. 1780–1785), huile sur toile, 71,1 x 94,9 cm. MBAC

Considéré comme l’un des derniers représentants de la peinture vénitienne classique, Francesco Guardi est né en 1712, quinze ans après Canaletto, dans une famille de la noblesse. Son père, Domenico, et ses frères Nicolò et Gianantonio sont également peintres. Quant à sa sœur, Maria Cecilia, elle épouse Giovanni Battista Tiepolo (1696–1770), un des plus grands peintres européens du XVIIIe siècle.

À l’instar de Canaletto, Guardi est un peintre de paysages et de vues urbaines. Bien que ses toiles reflètent manifestement l’influence des compositions et de l’utilisation de la lumière de son aîné, elles ne possèdent cependant pas la même exactitude et la même précision. Réunis aux côtés des Canaletto, les trois Guardi — L’église S. Maria della Salute, Venise (v. 1780–1785), La Douane, Venise (v. 1780–1789) et La Piazzetta, Venise (v. 1780–1789) —paraissent moins léchés.

Guardi est mort à Venise en 1793, au moment où l’Europe commence à ressentir tous les contrecoups de la Révolution française, des guerres et des rumeurs de guerres. Contrairement à la précision lumineuse de Canaletto, son œuvre suggère une réalité plus sombre : scènes portées par une quasi fébrilité de rue glauques sous des cieux menaçants. Un sentiment qui dénote un besoin urgent de saisir le monde avant qu’il ne change à nouveau, ne se transforme en quelque chose que Canaletto ne reconnaîtrait ou ne comprendrait probablement pas, mais que Guardi et les générations suivantes en viendront à trop bien connaître.

Saint-Marc et la tour de l’Horloge, Venise et Le Campo di Rialto et l’église de Saint-Jacques, Venise de Canaletto, et L’église S. Maria della Salute, Venise, La Douane, Venise et La Piazzetta, Venise de Guardi, sont exposées dans la salle C207 du Musée des beaux-arts du Canada. Vous qui aimez Venise, ne manquez pas bientôt l'article de Magazine MBAC à propos de la présentation de l'œuvre de Geoffrey Farmer au pavillon du Canada, dans le cadre de la 57e exposition internationale d'art de la Biennale di Venezia 2017, à Venise, en Italie, à l'affiche à partir du 13 mai jusqu'au 26 novembre 2017.  


Par Équipe MBAC| 18 avril 2017
Catégories :  Expositions

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