Votre collection au MBAC : Le général Foy de Horace Vernet

Par Équipe MBAC le 17 janvier 2017


Horace Vernet, Le général Foy, 1825, huile sur toile, 73 x 59,5 cm. MBAC 

Institution artistique diversifiée, le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) s’intéresse souvent plus à l’artiste qui a peint un portrait qu’à son sujet lui-même. Ce tableau, toutefois, fait partie des exceptions qui confirment la règle. Dans ce cas, le général Foy est en parfaite adéquation avec Horace Vernet, et le peintre a été incité à créer une œuvre puissante, compte tenu de la renommée du personnage.

Le général Maximilien-Sébastien Foy (1775–1825) est un personnage hors de l’ordinaire. Connu comme « guerrier législateur », il mène une longue carrière militaire, d’abord pour la République française, puis pour Napoléon, et finalement pour la monarchie française restaurée. Plus tard dans sa vie, il est élu à l’Assemblée nationale comme membre de la Chambre des députés.

Son parcours brillant est marqué par une défense assumée de la liberté et une détermination à ne pas déroger à ses principes. Il vote contre la prise du pouvoir par Napoléon et, en tant que député, s’oppose aux tentatives des rois de France Louis XVIII et Charles X d’élargir leurs prérogatives.

Le portrait de Vernet fait subtilement ressortir les nombreuses réalisations et distinctions du général. Il porte sur la poitrine les médailles de la Légion d’honneur et de l’Ordre de Saint-Louis, et au cou l’Ordre du Croissant, remis à Foy par le sultan Sélim III pour sa contribution à la formation des troupes ottomanes.


Horace Vernet, Le général Foy, 1825, huile sur toile, 73 x 59,5 cm. MBAC 

Foy s’éteint à Paris le 28 novembre 1825. Ses funérailles, deux jours plus tard, sont suivies, dit-on, par quelque 100 000 personnes endeuillées, vaste manifestation, à bien des égards, contre le gouvernement du réactionnaire roi Charles X. Mort, Foy devient un symbole de résistance, et une vague de projets commémoratifs voient le jour, qui servent également à unir l’opposition.

Vernet est le choix qui s’impose pour rendre hommage à Foy. Quelques années auparavant, il avait peint une esquisse du général, à l’origine de la toile aujourd’hui exposée au MBAC. En outre, Vernet, tout comme Foy, s’oppose au gouvernement de l’époque. Dans le cas du premier, c’est en nostalgie pour l’Empire napoléonien, ses victoires, sa puissance et sa force militaire.

L’opposition de Vernet au régime en place transparaît clairement dans ses œuvres. Son mépris des conventions artistiques a une dimension politique : la rébellion dans le premier domaine peut signifier la rébellion dans l’autre. Pour commencer, il exprime son mépris pour le néoclassicisme, mouvement popularisé par des artistes comme Jacques-Louis David, et par conséquent pour un art de la beauté idéale. Vernet adopte plutôt un style plus vernaculaire, affichant violence et émotion, tâtant parfois de l’anecdote et du reportage, toutes des approches nouvelles et emballantes. Il est particulièrement réputé pour ses tableaux de batailles et autres scènes guerrières, et possède un sens aigu du détail, affirmant une fois à propos d'une scène de bataille pour Napoléon III : “Vernet ne corrige pas l’histoire.”

Vernet, qui est l’un des chefs de file du mouvement romantique alors en plein essor, choisit naturellement un style de peinture qui défie les conventions. Son portrait du général Foy est délibérément non léché, ce qui lui confère une aura de bravoure et d’audace. Il choisit d’employer une palette de couleurs relativement restreinte, misant sur les contrastes entre noir, rouge, or et argent pour donner à l’œuvre sa puissance, et ses teintes de chair sont anormalement rougeaudes. Aussi, les traits de pinceau manifestes sont la preuve d’un artiste en pleine confiance affirmant sa maîtrise virtuose des matériaux et de la technique. Le tableau est une image évocatrice de la personnalité fière de Foy, mais il est également facile d’y saisir le tempérament de l’artiste. Dans ce portrait, sujet et peintre ne forment plus qu’un pour créer une pièce d’une force indéniable.


Horace Vernet, Le général Foy (détail), 1825, huile sur toile, 73 x 59,5 cm. MBAC 

Ce seul tableau ne permet toutefois pas de saisir à quel point Foy était célèbre dans le 19e siècle. Il est présent dans les œuvres de Balzac et de Zola, une rose est nommée en son honneur, et on le trouve même dans les comptines pour enfants servant à enseigner l’orthographe, en jouant sur les homonymes Foy, fois, foi, foie et Foix. La renommée de Foy est telle qu’il est possible de suivre dans les journaux de l’époque le travail de Vernet sur ce tableau. Alors que l’on réalise que cette toile va devenir l’image publique du défunt, sa création même devient une affaire médiatique.

La peinture est rapidement reproduite sous forme d’estampes, le produit des ventes de celles-ci servant à financer une tombe monumentale pour Foy et à subvenir aux besoins de sa veuve et de leurs enfants. Le tableau est acquis par Louis-Philippe, duc d’Orléans, le plus important mécène de Vernet. Il s’agit d’un geste non dénué d’arrière-pensées politiques. Le duc est le cousin du roi Charles X, et joue un jeu risqué, se positionnant comme une alternative libérale au régime en place. 

Des gestes en apparence anodins comme l’achat du portrait de Foy, ou autrement dit un soutien à Vernet l’insoumis, ne passent pas inaperçus. Sur les murs du duc, le portrait est accroché aux côtés d’anciens rois de France et de chefs d’État comme Cromwell et Napoléon. L’intention de Louis-Philippe est d’afficher son respect pour les accomplissements de ces hommes, rois comme libérateurs, et de démontrer que lui-même incarne un certain pragmatisme. Quelques années plus tard, à la faveur de la révolution de 1830 qui chasse son cousin, Louis-Philippe accède au pouvoir et devient roi.

De son vivant, Vernet est considéré à la fois comme un rebelle et un précurseur. Son œuvre est marquée par une dimension particulière de force à peine contenue, que ce soit à travers ses traits de pinceaux vigoureux et très visibles, sa palette inhabituelle ou ses compositions réalistes. Son héritage va passer dans la culture populaire. Dans la nouvelle L’interprète grec, d’Arthur Conan Doyle, Sherlock Holmes se réclame de sa parenté avec « Vernet, l’artiste français », expliquant que « l’art, dans le sang, est susceptible de prendre les formes les plus étranges ».

Acquis par le MBAC en 2016, Le général Foy vient enrichir la collection d’art français du début du XIXe siècle, et contraste avec un groupe important de portraits britanniques, ajoutant profondeur et diversité à la collection. Le tableau est exposé dans la salle C210.


Par Équipe MBAC| 17 janvier 2017
Catégories :  Expositions

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