Votre collection autour du monde : Femme à sa toilette, de Rembrandt van Rijn

Par Équipe MBAC le 26 septembre 2016


Rembrandt van Rijn, Femme à sa toilette, 1632–1633, huile sur toile, 109,2 x 94,4 cm. MBAC

Quiconque connaît les collections du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) sait qu’elles couvrent un vaste éventail de productions artistiques, tant historiques que contemporaines. La profondeur et la qualité de la collection nationale suscitent donc de fréquentes demandes de prêts pour des expositions à travers le Canada et ailleurs dans le monde.

En septembre, l’un des chefs-d’œuvre de l’art hollandais du MBAC fait partie d’une exposition de grande envergure consacrée à Rembrandt van Rijn (1606–1669) au Musée Jacquemart-André à Paris, en France. Présentant 53 œuvres de l’artiste, Rembrandt intime explore l’intégralité de la carrière du peintre, depuis sa jeunesse à Leyde jusqu’au style exigeant et expérimental de la fin de sa vie, en passant par ses années de gloire à Amsterdam.

L’exposition est construite autour de trois tableaux de la collection du Musée Jacquemart-André qui sont représentatifs de la carrière de Rembrandt. Pour compléter la présentation, 21 prêteurs de partout en Europe et en Amérique du Nord ont fourni 18 toiles, 15 dessins et 17 eaux-fortes, qui illustrent la maîtrise qu’avait Rembrandt de la peinture et également des arts graphiques. Le Musée Jacquemart-André est le seul endroit où l’on peut voir cette exposition, et le MBAC est heureux d’avoir prêté son tableau pour un tel événement.

Parlant de la Femme à sa toilette, Éléonore Lacaille, responsable des expositions du musée parisien, a confié à Magazine MBAC : « C’est une œuvre importante dans l’exposition, parce qu’elle est à cheval entre la période de Leyde et les débuts de Rembrandt à Amsterdam. C’est un hybride stylistique déterminant pour le peintre, en plus de constituer un exemple frappant d’un mélange de peinture historique et de portrait intime ».


Rembrandt van Rijn, Femme à sa toilette (détail), 1632–1633, huile sur toile, 109,2 x 94,4 cm. MBAC

Le tableau du MBAC a été peint en 1632 ou 1633 (l’inscription est difficile à lire), à une époque où Rembrandt avait décidé de trouver à Amsterdam un nouveau débouché pour ses œuvres. Le choix du sujet est stratégique : alors que les portraits des riches et puissants dominaient sa production à cette période, des toiles audacieuses et novatrices comme Femme à sa toilette ne pouvaient que renforcer sa réputation.

Étonnamment, le tableau est controversé alors qu’il semble plutôt conventionnel par son sujet. Et c’est là que le bât blesse, justement. Personne n’a de certitude sur la nature même du sujet, en dehors de celui d’une femme que l’on prépare avant qu’elle paraisse en société. Au fil du temps, la peinture a eu un nombre surprenant de titres : Saskia (la femme de Rembrandt), Lisbeth (sa sœur), La mariée juive, Esther, Bethsabée et Héroïne de l’Ancien Testament.


Rembrandt van Rijn, Femme à sa toilette (détail), 1632–1633, huile sur toile, 109,2 x 94,4 cm. MBAC

La confusion qui règne tant sur le nom que sur le sujet de cette composition remonte aux toutes premières références à la peinture au XVIIIe siècle, alors qu’elle portait le titre de Une femme juive ou de La mariée juive. Le vêtement et les bijoux luxueux de la figure principale laissent à penser que l’on est devant un sujet historique, d’un personnage biblique, plus que d’une contemporaine de Rembrandt. Mais quel personnage? Est-ce Bethsabée qui s’habille pour sa première rencontre avec le roi David? Ou encore, s’agit-il d’Esther revêtant ses plus beaux atours pour supplier le roi Assuérus de laisser la vie sauve à son peuple? Ou bien Judith, se préparant à séduire et tuer Holopherne, le général ennemi? D’autres noms ont aussi été proposés, mais l’identité du personnage est toujours matière à conjectures.

C’est une œuvre fascinante de Rembrandt, alors au sommet de son art. Du drapé richement brodé de sa robe à l’utilisation théâtrale de la lumière, Femme à sa toilette est indubitablement du Rembrandt. Comme l’a déjà dit Marion Barclay, qui a restauré l’œuvre, « Rembrandt était un sorcier de l’huile. Il avait une capacité à donner à ces toiles une profondeur picturale et une sensualité tout simplement impossibles à rendre avec une autre technique, quelle qu’elle soit ». 

La peinture a été achetée par le MBAC en 1953, et faisait partie des douze toiles européennes majeures acquises de la collection prestigieuse du prince de Liechtenstein. Outre Femme à sa toilette, alors intitulée Bethsabée, le MBAC a fait l’acquisition d’œuvres importantes datant de la Renaissance au XVIIIe siècle, étoffant à l’époque de beaucoup la collection, en amplitude comme en profondeur.

À Paris, Femme à sa toilette fera partie d’une portion de l’exposition consacrée à la mi-carrière de l’artiste, qui correspond à une période de quatre ans suivant l’installation de Rembrandt à Amsterdam au début des années 1630. Une fois dans cette ville, Rembrandt s’est progressivement fait un nom pour ses portraits débordant de vie des notables locaux. Il a épousé Saskia en 1634, avant de s’installer plus tard dans une grande demeure de ce qui était en train de devenir un quartier juif prospère.

La vie n’était pas facile pour Rembrandt. Plusieurs de ses enfants ne survécurent pas, et il perdit sa Saskia adorée en 1642. Dans les années qui suivirent, il fut en proie aux difficultés financières, vivant au-dessus de ses moyens et faisant même faillite en 1656. Pour ne rien arranger, son style des dernières années, très personnel, a pu rebuter certains mécènes potentiels, et les commandes se firent plus rares. Il mourut à Amsterdam, pas dans la misère, mais très loin de l’apogée de sa carrière, et fut enterré dans une tombe anonyme. Tristement, ses restes furent ultérieurement exhumés et perdus.


Rembrandt van Rijn, Femme à sa toilette (détail), 1632–1633, huile sur toile, 109,2 x 94,4 cm. MBAC

Cette fin passablement indigne n’est peut-être pas surprenante pour un homme qui, maître de la lumière, était aussi celui de l’ombre. Dans des tableaux comme Femme à sa toilette, les détails dans les ombres sont aussi convaincants que les personnages qui occupent la partie centrale. À quoi pense la servante quand elle s’occupe de sa maîtresse? Comment interpréter l’expression énigmatique du personnage principal? Pourquoi Rembrandt n-a-t-il pas fait une image plus claire de son sujet? Avait-il pour intention d’aiguiser la curiosité du public, et d’ainsi le faire entrer plus profondément dans l’œuvre?

Au MBAC, Femme à sa toilette a rejoint un autoportrait de Rembrandt, acheté plus de dix ans auparavant. À ces deux toiles s’est ajouté plus tard le Denier de César (1629), pièce acquise en 1967. Notre connaissance de l’art de Rembrandt s’est énormément développée avec le temps, mais des pans demeurent objets de débats, en particulier, l’attribution des peintures, qui a parfois donné lieu à des échanges acerbes entre experts.

Si tout le monde s’entend sur le fait que Femme à sa toilette est du maître lui-même, l’autoportrait de Rembrandt que possède le MBAC s’est finalement révélé le travail d’un imitateur. Le cas du Denier de César est plus controversé, rejeté par certains, accepté par d’autres; le MBAC a maintenu son attribution à Rembrandt. Ne manquez pas un prochain article sur de nouvelles découvertes muséologiques fascinantes concernant ces trois tableaux.

Rembrandt intime sera présenté au Musée Jacquemart-André à Paris, en France, jusqu’au 23 janvier 2017. 


Par Équipe MBAC| 26 septembre 2016
Catégories :  Expositions

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