Votre collection autour du monde : General Idea

Par Antonio Aragon le 17 novembre 2016


General Idea, Une journée d’AZT, 1991, cinq unités de fibre de verre et d’émail, dimensions variables. Avec l’autorisation d’AA Bronson / General Idea, Une année d’AZT, 1991, 1825 gélules en styrène moulé sous vide et vinyle, dimensions variables. Avec l’autorisation d’AA Bronson

Pour Concept 70, leur première exposition collective à Toronto en 1970, les artistes Ronald Gabe, Slobodan Saia-Levy et Michael Tims proposent un projet qu’ils intitulent General Idea. En effet, découlant sans doute d’une mauvaise communication, la galerie désigne les artistes, et non leur œuvre, par le nom General Idea. Le collectif éponyme est né.

Quatre décennies plus tard, l’inspirant trio est devenu plus grand que nature. Considéré à l’origine comme excentrique, voire étrange, le collectif va continuer d’influencer les jeunes générations de créateurs et conservateurs, bien au-delà des frontières du Canada.

Agustín Pérez Rubio, directeur artistique du Museo de Arte Latinoamericano de Buenos Aires (MALBA), est particulièrement féru du travail des trois complices. L’exposition General Idea: Tiempo Partido [General Idea. Intermittences], qu’il a organisée en collaboration avec le Museo Jumex à Mexico, y est actuellement à l’affiche avant de voyager en Argentine en mars 2017. Cette vaste rétrospective présente 120 œuvres de General Idea, dont des installations, des peintures, de nombreux documents et vidéos, ainsi que diverses autres pièces.

« General Idea a été pionnier par la structure du groupe et la capacité à travailler ensemble avec succès pendant 25 ans », explique dans une entrevue à Magazine MBAC Sara Smith, auteure d’un récent livre de l'institut de l'art canadien sur le collectif. Dans son ouvrage, elle expose pourquoi, malgré les circonstances plutôt aléatoires de la naissance du nom du groupe, les artistes ont décidé de le conserver. À la même époque, les trois artistes cristallisent leur identité en tant que Felix Partz (Gabe), Jorge Zontal (Saia-Levy) et AA Bronson (Tims). « À travers l’art postal, la vidéo, un magazine autoproduit, la peinture et l’installation, ils explorent la petitesse et l’ambigüité de la culture dominante, les médias, la politique et, bien entendu, la sexualité », poursuit-elle.


General Idea, Photographies de la documentation du concours de beauté Miss General Idea 1971, 1971, dimensions variables. Avec l’autorisation d’AA Bronson

General Idea: Tiempo Partido traite de l’éphémère et de la création de mythologies, et du lien entre ces concepts et la publicité, la mode, les concours de beauté et les médias de masse. Leurs œuvres expérimentales des années 1970 et 1980, telles The Miss General Idea Pageant [Le concours de beauté Miss General Idea] (1971), la célèbre publication FILE (1972–1989), la série Showcards [série Fiches] (1975–1979), The Miss General Idea Pavilion 1984 [Le pavillon de Miss General Idea 1984] et Mondo Cane Kama Sutra (1984), sont également de la partie. Trois des plus importantes installations du collectif — Reconstruire l’avenir (1977), Une journée d’AZT (1991) et Une année d’AZT (1991) — sont prêtées par le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC).

« General Idea fait véritablement partie des artistes majeurs que le Canada a produits après les années 1960 », explique Adam Welch, conservateur associé de l’art canadien au MBAC, à Magazine MBAC. Il pense que Reconstruire l’avenir, par exemple, annonce les installations des années 1990. Cette installation est d’abord et avant tout une recomposition d’éléments récupérés du Miss General Idea Pavilion 1984 (1977), qui prend feu lors d’une répétition pour le concours qui l’accompagne. Plutôt que d’abandonner le projet, General Idea se sert des vestiges pour créer un foyer d’artistes pour les participants au concours.

Jamais à court d’idées pour aborder les sujets difficiles, le collectif est l’un des premiers à imposer le thème du sida sur la scène artistique. Partz et Zontal eux-mêmes vont mourir des suites de la maladie en 1994. L’AZT est à ce moment le médicament utilisé pour combattre les effets du virus. Pour Pérez Rubio, Une journée d’AZT et Une année d’AZT, des gélules de la taille d’un cercueil qui mettent en relief la mortalité, sont présentées dans l’exposition « comme un calendrier exprimant le passage du temps à travers cette dose quotidienne d’antirétroviraux. Cinq gélules par jour, c’est 1 825 par an ».


General Idea, En jouant au docteur, 1992, épreuve chromogénique, 76,2 x 53,3 cm. Avec l’autorisation de la succession de General Idea

L’exposition, c’est aussi la rencontre avec les acryliques sur toile fluorescentes controversées de Mondo Cane Kama Sutra (1984). « Cette pièce est inspirée par la Villa Dei Misteri de Pompéi, remarque Agustín Pérez Rubio, et elle comprend dix peintures dans lesquelles trois caniches (incarnations évidentes des trois artistes) recréent les poses des fresques de lupanar de la ville disparue. Mondo Cane intègre des narrations du Kama Sutra, livre hindou épique sur la sexualité et l’amour libre. 

Décrites comme une collection de cartes et comme un journal intime, les 45 œuvres de la série de sérigraphies Showcards sont également présentées dans le cadre de l’exposition. Pour Smith, Showcards documente nombre des concepts qui ont façonné le travail du groupe, et intègre les idées que le groupe va mettre de l’avant dans ses projets ultérieurs, comme Colour Bar Lounge [Bar salon en couleur]. « Il s’agit d’une série ouverte de cartes, agencée en groupe, chacune d’entre elles ayant l’air d’une page couverture de magazine, dit-elle. Chaque carte comporte un texte manuscrit qui donne des renseignements sur le groupe, ainsi que des photographies d’origines variées. »

Bien que General Idea ait fait l’objet de plus de 100 expositions individuelles et de plus de 150 expositions collectives partout dans le monde, le travail du collectif n’a été présenté qu’une fois auparavant en Amérique latine, à la biennale de São Paulo en 1998. Pour Pérez Rubio, General Idea: Tiempo Partido est l’occasion pour ce public de découvrir une approche nouvelle d’une œuvre par ailleurs largement reconnue. « Le public de cette exposition est aussi vaste que diversifié, dit-il, et va être captivé par les constructions fictives de General Idea, par la relation artistique et personnelle de ses membres avec le sida, ainsi que par leur approche promotionnelle et conceptuelle. »


General Idea, Megazine FILE, no 25, 1986, "Sex, Drugs, Rock 'n' Roll and Art & Text Issue" [« Numéro spécial sexe, drogue, rock’n’roll et art et texte »], périodique offset, 64 p., plus couverture, 35,5 x 28 cm. Avec l’autorisation d’AA Bronson

Un « principe général » est souvent défini comme une notion visant à décrire la portée générale d’un raisonnement. Mais la pensée en marche n’est jamais d’ordre général, et être porteur de sens peut s’avérer une démarche ardue. Très novateur en matière d’art conceptuel canadien, Genéral Idea a souvent été mal compris. Son approche en clins d’œil de tous les sujets, de l’édition à la publicité en passant par la télévision et les concours de beauté, n’est peut-être pas étrangère à cela.

Mais, comme le souligne Adam Welch, l’œuvre du collectif a toujours été « tournée vers l’avenir et prospective ». Ce qui a pu sembler frivole à l’époque était une réaction posément réfléchie et souvent satirique à l’environnement des trois artistes. Pérez Rubio affirme que, dans General Idea: Tiempo Partido, « le matériau n’est pas aussi important que le message ». Et leurs messages étaient forts et sans équivoque. General Idea exerce une influence durable, et conserve au-delà du temps cette capacité à toucher le public à travers le monde d’une façon si particulière.

General Idea: Tiempo Partido est à l’affiche du 27 octobre 2016 au 12 février 2017 au Museo Jumex à Mexico. Elle sera présentée au MALBA à Buenos Aires en mars 2017. La rétrospective coïncide avec la publication en janvier 2017 par le conservateur canadien Fern Bayer du catalogue raisonné concernant le collectif, réalisé en association avec le Museo Jumex et le MALBA, et qui s’appuie en grande partie sur le fonds General Idea conservé au MBAC. Pour consulter ce dernier [uniquement en anglais], cliquez ici.


Par Antonio Aragon| 17 novembre 2016
Catégories :  Expositions

À propos de l’auteur(e)

Antonio Aragon

Antonio Aragon

L’auteur et éducateur colombien Antonio Aragon travaille fréquemment dans le monde en développement. Il a publié deux romans.

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