Votre collection autour du monde : Charles-Nicolas (le jeune) Cochin

Par Équipe Magazine MBAC le 20 février 2017


Charles-Nicolas (le jeune) Cochin, La marquise de Pompadour dans une scène de l'opéra « Acis et Galatée », 1749, gouache sur mine de plomb avec traces de plume et encre brune sur papier vergé ivoire, avec bordures à la feuille d'or, 16,5 x 41 cm; image : 14,5 x 38,8 cm. MBAC

Feux d’artifice, bals, parties de chasse, concerts et théâtre. Qu’aurait pu désirer de plus une cour européenne mondaine des XVIIe et XVIIIe siècles? Dans une exposition présentée actuellement au château de Versailles, près de Paris, les plaisirs de la cour de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI sont placés sous la loupe avec une série d’objets, de tableaux, d’œuvres sur papier, d’environnements évocateurs et de montages audiovisuels.

L’une des œuvres de l’exposition Fêtes et divertissements à la Cour est prêtée par le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC). Mettant en scène Madame de Pompadour, favorite de Louis XV, cette gouache exceptionnelle de Charles-Nicolas Cochin le jeune (1715–1790) décrit ce qui a sans doute été l’un des spectacles de théâtre amateur les plus raffinés jamais présentés. 

« Dans ce véritable joyau, Cochin a reproduit une représentation privée d’un opéra en forme de pastorale de Jean-Baptiste Lully », explique Sonia Del Re, conservatrice associée des estampes et dessins européens, américains et asiatiques au MBAC. « L’opéra a été monté le 10 février 1749 pour le roi et sa suite dans une salle aujourd’hui détruite du palais de Versailles, avec une scène mobile qui pouvait être assemblée en vingt-quatre heures. Ce n’est pas simplement un dessin magnifique, mais aussi un document historique extrêmement détaillé de Cochin, qui lui avait été commandé par le frère de Madame de Pompadour, le marquis de Marigny. » 

Cochin a vu le jour dans une grande famille d’artistes et de graveurs. Outre sa formation en arts, il était une sorte d’esprit universel, apprenant par lui-même le latin, l’anglais et l’italien, étudiant de surcroît des œuvres politiques et philosophiques. 

Sa famille lui a ouvert les portes du monde artistique parisien et, en 1737, Cochin était déjà employé par Louis XV pour réaliser des estampes immortalisant chaque naissance, mariage ou décès importants à la Cour. Deux ans plus tard, il a été nommé dessinateur et graveur aux Menus-Plaisirs du roi, service chargé d’organiser les cérémonies et divertissements royaux, et, en 1752, il est devenu garde des dessins du Cabinet du roi.




Charles-Nicolas (le jeune) Cochin, La marquise de Pompadour dans une scène de l'opéra « Acis et Galatée » (détail), 1749, gouache sur mine de plomb avec traces de plume et encre brune sur papier vergé ivoire, avec bordures à la feuille d'or, 16,5 x 41 cm; image : 14,5 x 38,8 cm. MBAC

Les quinze années entre 1755 et 1770 ont constitué la période faste de Cochin. Louis XV l’a fait administrateur des arts, confiant ainsi à Cochin la tâche de commander des œuvres d’autres artistes, ainsi que les décorations intérieures de différents palais royaux.

Dans cette exposition, les distractions comme celles programmées par Cochin s’étalent dans toute leur magnificence. Divisée en salles, chacune évoquant un aspect différent des plaisirs royaux, Fêtes et divertissements à la Cour propose une immersion visuelle et sonore conçue pour faire vivre au visiteur le ressenti du courtisan, de l’époque de Louis XIV à la Révolution française.

L’œuvre prêtée par le MBAC fait partie de la section consacrée au divertissement théâtral. Des décors de théâtre grandeur nature, dont un datant du XVIIIe siècle, ainsi que de nombreuses reconstitutions minutieuses, sont enrichis de tableaux peints par de grands noms comme Antoine Watteau et François Boucher, ainsi que de programmes, estampes et artéfacts.

« [Cette] exposition, mentionne le château de Versailles, […] présente les infinies variétés et ingéniosités des divertissements organisés à la Cour. […] Ce sont bien sûr, toutes les formes de spectacles publics, comédies, opéras, concerts, feux et illuminations, mais aussi les représentations privées quand seigneurs et dames de la Cour montent eux-mêmes sur les planches. » Et Del Re ajoute : « C’est exaltant pour le MBAC de voir cette célèbre scène de Versailles revenir au château le temps de cette exposition ».

Montrant la performance scénique sous un angle inhabituel, dans ce qui est probablement la seule gouache connue de sa main, Cochin a en substance divisé l’espace du théâtre. Dans celui-ci, logé dans un escalier majestueux, la scène et le public occupent le rez-de-chaussée et un palier supérieur. Alors que généralement, de tels sujets sont présentés depuis le point de vue du public, Cochin a choisi plutôt une perspective latérale, qui lui permet d’accorder à la scène un peu plus de la moitié de l’image.

Sur celle-ci, Madame de Pompadour joue Galatée, nymphe marine immortalisée dans les Métamorphoses d’Ovide. Dans cette histoire, Galatée, amoureuse du berger Acis, doit sans cesse repousser les avances du cyclope Polyphème. Galatée accepte d’épouser Acis, mais Polyphème, consumé par la jalousie, tue ce dernier en l’écrasant sous un rocher.



Charles-Nicolas (le jeune) Cochin, La marquise de Pompadour dans une scène de l'opéra « Acis et Galatée » (détail), 1749, gouache sur mine de plomb avec traces de plume et encre brune sur papier vergé ivoire, avec bordures à la feuille d'or, 16,5 x 41 cm; image : 14,5 x 38,8 cm. MBAC

Dans La marquise de Pompadour dans une scène de l’opéra « Acis et Galatée », Galatée est sur le point d’embrasser Acis. Sur une falaise au-dessus du couple, Polyphème se prépare à lancer un gros rocher. Le public est plus ou moins captivé par l’action, certains lisant, bavardant, ou cherchant simplement à voir et être vus. La composition de Cochin permet d’embrasser pratiquement tout le public et de représenter des personnages réels. Le roi, sa femme Marie Leszczynska et trois de leurs filles, par exemple, sont identifiables à l’extrême droite, installés sur les sièges les plus en vue au balcon.

Même s’il n’est plus aujourd’hui un nom familier, Cochin était, dans la France du milieu du XVIIIe siècle, un des faiseurs de modes les plus influents. Sa compagnie était recherchée dans les fêtes aristocratiques et les salons, et il était brillant orateur, parlant souvent peinture, gravure ou philosophie. On le connaissait également pour sa critique publique des excès du rococo et de la sévérité du style néoclassique naissant. 

Protégé de Louis XV, Cochin a été fait membre de l’Ordre de Saint-Michel, et a reçu des lettres patentes de noblesse ainsi qu’une rente. Après la mort de Louis XV en 1774, cependant, l’étoile de Cochin a pâli, et il a passé le reste de sa vie dans une pauvreté relative.

Au cours de sa vie, Cochin a été un artiste prolifique. À ce jour, plus de 1 500 de ses œuvres ont été authentifiées, dont des illustrations de livres, des dessins, des estampes, des portraits peints et de nombreuses études pour des toiles et des sculptures. Son nom a également été donné à une police de caractères, dont on dit qu’elle a été inspirée par ses estampes.


Charles-Nicolas (le jeune) Cochin,
La marquise de Pompadour dans une scène de l'opéra « Acis et Galatée » (détail), 1749, gouache sur mine de plomb avec traces de plume et encre brune sur papier vergé ivoire, avec bordures à la feuille d'or, 16,5 x 41 cm; image : 14,5 x 38,8 cm. MBAC

Les règnes de Louis XIV et de Louis XV, ainsi que le début du règne de Louis XVI, ont été marqués par une succession vertigineuse de bals masqués, de parties de chasse, de sports d’extérieur comme le croquet et le canotage, de démonstrations équestres, de feux d’artifice et même des activités hivernales comme le traîneau et le patinage. Cochin s’inscrit parfaitement dans ce tourbillon social, orchestrant souvent lui-même les divertissements, et ce, tout en les immortalisant pour la postérité. Dans cette exposition au château de Versailles, un monde disparu reprend vie pour une nouvelle génération, faisant renaître les personnages du passé et leurs plaisirs extravagants.

« En se plaçant en bordure de la scène, conclut Del Re, Cochin a donné au spectateur un point de vue extraordinaire sur le public royal. D’un côté, il y a un décor rococo typique. De l’autre, il y a l’attirante Madame de Pompadour dans sa robe de taffetas brodé, ornée d’algues marines, de coquillages et de perles, donnant la réplique au vicomte de Rohan, lui-même dans un extravagant costume rouge et chapeau haut, et au marquis de La Salle, monstre cyclope en tenue guerrière. Un véritable régal! ».

Fêtes et divertissements à la Cour est à l’affiche au château de Versailles près de Paris, en France, jusqu’au 26 mars 2017. 


Par Équipe Magazine MBAC| 20 février 2017
Catégories :  Expositions

À propos de l’auteur(e)

Équipe Magazine MBAC

Équipe Magazine MBAC

Partagez cette page

Ajouter un commentaire

Commentaire

HTML autorisé : <b>, <i>, <u>

Commentaires

© 2013 Le Musée des beaux-arts du Canada. Tous droits réservés.

 2017