Votre collection : Défrichage (1888) de George A. Reid (1860–1947)

Par Équipe du magazine du MBAC le 02 septembre 2014

 

George A. Reid, Défrichage (1888), huile sur toile, 109.3 x 195.5 x 2.3 cm. MBAC. Transfert d'Affaires étrangères et Commerce international Canada, 2011, don du brigadier-général W.F. Sweny, C.M.G., D.S.O., à la mémoire de son père, le colonel George A. Sweny, 1938

Découvrez la toute nouvelle rubrique mensuelle de Magazine MBAC et profitez d’un accès privilégié à différentes œuvres de  la collection permanente du Musée choisies par nos conservateurs. « Votre collection » présente aussi bien des œuvres peu connues que des chefs-d’œuvre, ainsi qu’un contenu exclusif sur plusieurs trésors cachés de la collection nationale.

S’il décrit une activité typiquement canadienne, le tableau de George A. Reid, Défrichage, a été composé et peint à l’étranger. En 1888, le peintre vit à Paris avec sa femme et tombe par hasard sur un entrepôt de bois situé pas très loin de son atelier. Les billots lui rappellent des souvenirs de son enfance en milieu rural, et il commence à dessiner des esquisses pour un tableau.

Reid est né à Wingham, en Ontario. Bien qu’il grandisse dans une ferme où il participe à toutes sortes d’activités rurales, il n’en est pas moins plus attiré par le dessin. 

Malgré les efforts de son père qui souhaite l’orienter vers une carrière d’architecte, il étudie l’art en 1878 à Toronto avec Charlotte Schreiber et Robert Harris. Quatre ans plus tard, il déménage à Philadelphie et s’inscrit aux cours de Thomas Eakins à la Pennsylvania Academy of Fine Arts, où il rencontre l’artiste Mary Hiester qu’il épouse en 1885. 

Au milieu de 1888, George et Mary s’installent à Paris pour un an afin de poursuivre leur formation. Dans l’entrepôt de bois parisien, George dessine plusieurs études à la plume et à l’encre dans un carnet d’esquisses qui ne le quitte jamais.  Plusieurs de ces croquis sont aujourd’hui au Musée des beaux-arts de l’Ontario.

Il est intéressant de noter que l’un de ces croquis est devenu une œuvre à part entière. Exposée ainsi que Défrichage dans les salles d’art canadien du Musée des beaux-arts du Canada, Étude d’après « Défrichage » (1889) est le portrait d’un homme facilement reconnaissable à sa pose dans le tableau final. Pendant des années,  on a cru que l’artiste avait achevé cette petite étude avant Défrichage, mais il l’a plutôt terminée un an après, revenant sur un détail du tableau qu’il avait particulièrement apprécié.

Comme en témoignent les esquisses à l’huile peintes sur papier, Reid a retravaillé plusieurs fois la composition de Défrichage. Il a supprimé une grosse souche à l’avant-plan et progressivement transformé en un paysage beaucoup plus désolé le décor original qui évoquait une forêt luxuriante. Il a aussi éloigné des détails tels que les bœufs et redistribué le groupe central pour produire une image beaucoup plus puissante. 

Certains pourraient aujourd’hui voir ce paysage dévasté comme une mise en garde écologique, mais celui-ci exprime plutôt un souvenir d’enfance. Reid se rappellait qu’il fallait empiler des broussailles et des rondins et brûler pour défricher. Il a d’ailleurs déclaré que s’il n’avait, en général, que des bribes de souvenirs de ces corvées d’abattage, mais le souvenir du défrichement du dernier terrain de quatre hectares de la ferme de son père était si vif qu’il s’en était servi pour son tableau. 

Acheté en 1892 par le colonel Sweny, de Toronto, Défrichage est resté une cinquantaine d’années dans cette famille avant d’être offert en 1938 à la Maison du Canada, à Londres, par le général de brigade Sweny – devenant ainsi la propriété du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada.

Le tableau est resté plusieurs dizaines d’années à la Maison du Canada et c’est là qu’il a été vu par Charlie Hill, conservateur du  Musée des beaux-arts du Canada. La toile a été transférée au MBAC en 2011.

À un moment donné, la toile s’est déchirée et il a fallu la doubler pour la réparer. Il a donc été nécessaire de couper les bords de tension, c’est-à-dire les bords de la toile originale qui la fixaient au chassis. D’anciennes photos confirment que rien n’a été perdu de l’image originale. Le cadre est d’origine.

Devenu plus tard président de l’Académie royale des arts du Canada, Reid n’a jamais hésité à se battre pour l’intégration des arts. Non seulement a-t-il interpellé le gouvernement fédéral sur « l’importance et l’utilité d’une Galerie nationale », mais il a aussi été un ardent promoteur de la peinture de fresques dans les édifices canadiens. Ave Canada (1907–1918), que l’on peut voir au MBAC, est un plan de décoration pour le hall d’entrée de l’édifice du Centre du Parlement, à Ottawa. Outre des peintures, Reid a produit des illlustrations de livre et conçu des bâtiments et du mobilier, dont ce Cabinet à musique (1905) et ce Piano et banc de piano (1900) qui ornaient à l’origine sa maison de Toronto et qui sont aujourd’hui exposés dans les salles d’art canadien.

Défrichage est actuellement présenté dans les salles d’art canadien du MBAC où il côtoie d’autres classiques de Reid, notamment Une hypothèque sur la ferme (1891), Portrait de Mary Hiester Reid (1885) et Étude pour « La saisie » (1892). Pour en savoir plus sur l’artiste et sur son œuvre, cliquer ici.


Par Équipe du magazine du MBAC| 02 septembre 2014
Catégories :  Expositions

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