Votre collection : Lampe avec Psyché

Par Équipe MBAC le 05 avril 2016

   

Inconnu, Lampe avec Psyché (Rome, le IVe siècle avec garnitures françaises du début du XIXe siècle), sardonyx avec garnitures d'argent doré et de bronze doré, 24 x 42,5 cm. MBAC

Si le « surcyclage » est très à la mode en art et en artisanat par les temps qui courent, il est malgré tout bien possible que la majorité des visiteurs du Musée des beaux-arts du Canada ignorent que l’un des objets les plus exquis de ses salles d’art international illustre brillamment cette pratique au XIXe siècle.

Cette spectaculaire lampe à huile était à l’origine, y a plus de deux millénaires, un récipient à boire en pierre dans l’ancien monde méditerranéen. Sculptée à partir d’agate rubanée, une pierre qui doit son nom à ses rayures apparentes, elle avait alors la forme d’un bol peu profond muni de deux poignées. Dans l’Antiquité, tant en Grèce qu’à Rome, les coupes taillées dans des pierres dures, telle l’agate, incarnaient le summum de l’opulence. En dépit de la simplicité de ses lignes, cette superbe pièce était d’entrée de jeu aussi rare que coûteuse. Bien que nous ignorions encore sa date exacte de fabrication et son lieu d’origine, elle aurait été sculptée entre le règne d’Auguste et le début de l’Empire (27 av. J.-C. – Ier siècle apr. J.-C.).

Des feuilles de vignes gravées ornent l’intérieur et l’extérieur du bol en pierre – jaillissant, à l’intérieur, d’un vase compliqué. Cette décoration est peut-être d’origine mais il est plus vraisemblable qu’elle constitue un ajout tardif, indiquant par là que l’œuvre aurait déjà été modifiée il y a plus de 1 500 ans. La vigne étant un symbole du christianisme, il y a lieu de croire que de nouveaux propriétaires chrétiens aient ajouté cette ornementation au IVe apr. J.-C.  Il était alors courant de refaçonner d’anciens objets dans un but liturgique et ce récipient à boire bachique serait devenu une coupe rituelle, voire un simple objet précieux conservé dans un trésor d’église.

 

Inconnu, Lampe avec Psyché (détail), Rome, le IVe siècle avec garnitures françaises du début du XIXe siècle, sardonyx avec garnitures d'argent doré et de bronze doré, 24 x 42,5 cm. MBAC

Le bol est passé de main en main au fil des années. Il a été endommagé mais il a toujours été réparé, ce qui donne à penser qu’il n’a jamais perdu de son immense valeur. Les collectionneurs du Moyen Âge et de la Renaissance recherchaient avidement ce genre d’anciens objets en pierre. Très prisés pour leur rareté et le talent artistique qu’ils révélaient,  ceux-ci étaient presque considérés comme des talismans du monde antique. Les artistes du Moyen Âge et de la Renaissance ont également reçu de nombreuses commandes d’objets en pierre dure qui représentaient la quintessence du goût aristocratique.

La coupe a subi de nouvelles modifications au début du XIXe siècle et une solution inventive a alors été trouvée pour dissimuler la cassure d’une de ses poignées : l’ajout de garnitures de bronze et d’argent doré, lui donnant ainsi l’apparence d’une ancienne lampe à huile. L’idée était de remplir le bol d’huile et de placer la mèche dans le bec qui recouvrait la cassure. Il vaut cependant la peine de noter que l’objet n’a jamais servi de lampe, mais plutôt de curiosité amusante : un ancien récipient à boire transformé en une ancienne lampe à huile pour satisfaire le goût néoclassique de son propriétaire.

L’artiste s’est probablement inspiré d’illustrations de motifs conçus au début du XIXe siècle par les omniprésents Percier et Fontaine, architectes-concepteurs favoris de Napoléon Ier. Le style néoclassique faisait fureur sous Napoléon, celui-ci ayant décidé d’associer sa propre gloire à celle des empereurs classiques. Nous ne connaissons toujours pas le nom du créateur de ces ornementations, bien qu’un récent indice laisse à penser qu’il pourrait s’agir du bronzier parisien Claude Galle (1759–1815).

 

Inconnu, Lampe avec Psyché (détail), Rome, le IVe siècle avec garnitures françaises du début du XIXe siècle, sardonyx avec garnitures d'argent doré et de bronze doré, 24 x 42,5 cm. MBAC

Ces nouvelles garnitures qui évoquent un récit des Métamorphoses d’Apulée (125–180 apr. J.-C.) ajoutent une nouvelle dimension classique à la lampe. La figure féminine agenouillée au bord de la coupe et qui tient dans les mains une aiguière est une simple mortelle, Psyché. Envoyé par sa mère Vénus pour supprimer Psyché, Cupidon est plutôt tombé amoureux d’elle. Psyché se livrera à Vénus pour se racheter et celle-ci lui donnera quatre tâches impossibles à réaliser, dont l’une consistait à recueillir de l’eau noire crachée par la source inaccessible des fleuves des Enfers, le Styx et le Cocyte. La coupe devient ainsi la source de l’eau que Psyché cherche à recueillir en s’agenouillant.

Le dessous du bec est également décoré avec un grand raffinement d’une tête de Méduse, un autre motif néoclassique courant. Lorsqu’elle est représentée avec des ailes, ce qui est le cas ici, cette tête rappelle la Méduse Rondanini de Rome, une sculpture probablement bien connue des voyageurs  qui accomplissaient le Grand Tour.

 

Inconnu, Lampe avec Psyché (détail), Rome, le IVe siècle avec garnitures françaises du début du XIXe siècle, sardonyx avec garnitures d'argent doré et de bronze doré, 24 x 42,5 cm. MBAC

La lampe semble aussi avoir beaucoup voyagé. Si nous n’avons guère de détails sur sa provenance, elle est documentée pour la première fois dans la célèbre collection de l’amateur russe Anatole Demidoff (1812–1870), 1er prince de San Donato, qui vivait près de Florence. La lampe été vendue après sa mort et sa trace est perdue jusqu’à sa réapparition chez l’un des plus grands collectionneurs américains, J. Pierpont Morgan (1837–1913). En un sens, il est plutôt logique que ce merveilleux objet ait appartenu à deux des plus mythiques collectionneurs des temps modernes qui partageaient la même passion pour les objets précieux et pour les arts décoratifs.

Achetée par le Musée des beaux-arts du Canada en 1977, la lampe a enrichi une collection déjà importante d’art français néoclassique. Comme en témoignent entre autres le Bacchus et Ariane (1826) peint par Antoine-Jean Gros ou la Nymphe portant Bacchus enfant (1799) sculptée par Clodion, les récits et les thèmes de la mythologie gréco-romaine étaient très populaires à cette époque. D’autres œuvres exposées au MBAC, notamment L’Amour séduit l’ Innocence, le Plaisir l’entraîne, le Remords suit (1809) de Pierre-Paul Prud’hon et la Danseuse (1818–1822) d’Antonio Canova, transcendent ces limites et puisent leur inspiration dans le monde antique pour mieux le transformer. Le néoclassicisme est un courant vivant qui adapte le passé aux nouveaux désirs et aux nouveaux intérêts. La Lampe avec Psyché est non seulement le résultat de la transformation d’une ancienne relique en un objet neuf, mais elle est aussi le résultat de la transformation d’un objet brisé en un chef-d’œuvre de l’art décoratif.

La Lampe avec Psyché est exposée dans la salle C209 du Musée des beaux-arts du Canada.


Par Équipe MBAC| 05 avril 2016
Catégories :  Expositions

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