Votre collection au MBAC : Rome vue de la Villa Madama de Richard Wilson

Par Équipe MBAC le 11 octobre 2016


Richard Wilson, Rome vue de la Villa Madama, v. 1765, huile sur toile, 100,3 x 135,5 cm. MBAC

Qualifié de « peintre le plus remarquable que le Pays de Galles ait jamais produit », Richard Wilson (Grande-Bretagne, 1714–1782) est un maître reconnu de la peinture de paysage. Fils d’un ecclésiastique du Pays de Galles, Wilson se rend à Londres dès l’âge de quinze ans pour recevoir une formation de portraitiste.

De 1751 à 1757, on le retrouve à Rome, où il fréquente un milieu cosmopolite des plus animés. Des artistes d’Italie, mais aussi d’Angleterre, de France, de Flandre et d’Allemagne affluent dans la ville éternelle, où ils réalisent des commandes pour un groupe tout aussi international d’expatriés et de visiteurs. 

Wilson est le premier peintre britannique important à se consacrer aux paysages. Il adopte un style qui emprunte beaucoup à certains artistes comme le grand peintre du XVIIe siècle Claude Lorrain, et peint souvent des paysages d’inspiration italienne sur des thèmes tirés de la littérature classique.

Dans Rome vue de la Villa Madama, Wilson peint une perspective probablement bien connue des nombreux hommes et femmes qui effectuent le « Grand Tour », alors à son apogée. Se découpant sur le Monte Mario, une colline située sur la rive occidentale du Tibre, les dômes et tours des églises de Rome se profilent au loin, ainsi que les palais et monuments, représentés sommairement, mais néanmoins reconnaissables. En arrière-plan, on aperçoit les collines Albani, montagnes situées au sud-est de la ville. Au premier plan, abritée par les arbres sur la gauche, une famille s’est réunie pour admirer la vue grandiose, qu’un des membres dessine. 

Au XVIIIe siècle, Rome nourrit l’imaginaire européen. Des scènes comme celle-ci touchent profondément le public de l'époque et génèrent toute une série d’associations : l’antiquité, toujours la référence en matière de littérature et d’art, ainsi que le passé plus récent de la ville, marqué par les grandes réalisations de la Renaissance. Rome – ou plutôt, l’idée de Rome –, en partie ancrée dans la réalité, en partie fantasmée, signifiant différentes choses pour différentes gens, est un point de référence essentiel à travers toute l’Europe et dans ses colonies des Amériques.

Wilson, qui travaille à partir de dessins réalisés sur place qu’il adapte plus tard dans son atelier, présente une image topographiquement convaincante. Fait plus important, toutefois, il situe la scène dans le temps et l’espace : on a le sentiment d’un après-midi d’été (le soleil a basculé vers le sud), la ville et les alentours sont enveloppés de chaleur.

La composition du tableau est particulièrement soignée : le premier plan est enserré par les arbres qui cadrent la vue, un procédé prisé des peintres. Pour rappeler au public le passé héroïque mais révolu de la ville, une statue antique sans tête est appuyée sur un bloc de pierre à l’avant-plan. Au deuxième plan, le flanc de colline abrite la Villa Madama, construite au XVIe siècle selon des plans de Raphaël. Au-delà, la composition s’ouvre sur un panorama qui embrasse la ville et le lointain, alors que des tons plus sombres de forêts esquissées cèdent le pas au soleil éclatant.

Wilson peint ce paysage la première fois en 1753, alors qu’il vit toujours en Italie. Ce premier tableau fait partie de la collection du Yale Center for British Art à New Haven, au Connecticut. La toile du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) sera réalisée des années plus tard, alors que Wilson est rentré à Londres. Les peintres font alors souvent des répliques ou des variantes de leurs œuvres à succès, suivant en cela la théorie qui veut qu’un artiste peut revenir encore et encore à la même idée pour en explorer de nouveaux aspects et les perfectionner. En peignant la version qui se trouve au MBAC, Wilson apporte des changements subtils aux détails. Mais il est important de noter que sa technique est différente à ce moment, avec un trait de pinceau visiblement plus appuyé. 

Malgré son succès, Wilson mène une vie difficile. Après une période faste à son retour à Londres, les temps deviennent plus durs. Les raisons en demeurent floues, bien que l’on ait évoqué différentes hypothèses, comme une personnalité difficile, l’alcoolisme ou encore la concurrence professionnelle. Pour les peintres de la génération suivante (comme John Constable et J.M.W. Turner), néanmoins, il est un symbole important. Il représente à leurs yeux le chef de file des peintres de paysage de l’époque, fondateur de l’école britannique de peinture de paysage, qui a été abandonné par ses protecteurs. L’idée douce-amère d’un génie ignoré en son temps, et qu’on ne va reconnaître à sa juste valeur que plus tard, offre un certain réconfort aux artistes en difficulté.  

Retracer la provenance d’une œuvre peut être chose malaisée, mais Rome vue de la Villa Madama semble connaître une destinée enviable, attirant l’attention de nombreux artistes et collectionneurs à travers les années. « C’est à la fois aussi simple et aussi grandiose que possible, comme si Michel-Ange l’avait fait » et « si on le compare à Claude, Wilson a plus le sens de l’envergure et du sublime », dira un critique. « Le travail de la couleur est tout à fait magistral », écrit l’artiste James Barry, « son style de dessin est dans l’ensemble plus noble, plus constant et plus poétique que celui de n’importe quelle autre personne parmi nous ».

Ces commentaires illustrent clairement la place de Wilson : c’est un peintre qui est l’égal des grands maîtres. Surtout, il est britannique, ce qui est révélateur d’une conscience de soi de plus en plus forte chez les artistes et mécènes du royaume, qui commencent alors à forger l’idée d’une école artistique purement britannique, capable de rivaliser avec les écoles française et italienne.

La renommée de Wilson va connaître des hauts et des bas au cours des XIXe et XXe siècles. Le MBAC fait l’acquisition de cette œuvre en 1948, à un moment où un intérêt nouveau pour le travail de ce peintre commence à se développer chez les chercheurs, avec notamment la publication d’un catalogue raisonné, de nouvelles découvertes relatives à son œuvre et l’organisation d’expositions qui lui sont consacrées. Très récemment, le Paul Mellon Centre a soutenu la production d’un catalogue raisonné en ligne qui redonne à Wilson sa place au panthéon des artistes britanniques et qui rend hommage à la vie et à la carrière de l’un des héros méconnus de l’art du paysage de ce pays.

On peut voir Rome vue de la Villa Madama de Richard Wilson dans la salle C208 du Musée des beaux-arts du Canada.


Par Équipe MBAC| 11 octobre 2016
Catégories :  Expositions

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