Vous êtes cordialement invités. Vingt-cinq ans de présentation d’expositions par vingt-cinq artistes autochtones

Par Équipe MBAC le 16 janvier 2017


Alex Janvier, Sans titre (détail), 1986, acrylique sur toile. MBAC

Depuis des siècles, artistes et musées annoncent leurs expositions. Bouche-à-oreille, invitation personnelle, ou publicité discrètement insérée dans un journal imprimé, il faut trouver son public.

Dans la fascinante nouvelle exposition 25 x 25. Vingt-cinq ans de présentation d’expositions par vingt-cinq artistes autochtones, actuellement présentée à Bibliothèque et Archives du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), les imprimés publicitaires envoyés par la poste traduisent tant un parti-pris artistique que l’évolution des styles graphiques. Composé en majeure partie de cartes postales, de brochures et de petites affiches, ce matériel promotionnel est souvent en soi une véritable œuvre d’art miniature.



Carl Beam, L'iceberg nord-américain (détail), 1985, acrylique, sérigraphie photomécanique et mine de plomb sur plexiglas. MBAC

Nombre des artistes représentés dans l’exposition ont atteint une grande notoriété. Organisée par ordre chronologique de dates de naissance, la visite commence par Daphne Odjig, Rita Letendre, Norval Morrisseau, Alex Janvier et Carl Beam. Elle se poursuit ensuite avec Robert Davidson et Edward Poitras, Shelley Niro et Lawrence Paul Yuxweluptun, Rosalie Favell et Rebecca Belmore. Des artistes tels que Kent Monkman, Brian Jungen et Nadia Myre complètent la présentation. Fait intéressant, on y découvre également trois participations familiales : Annie Pootoogook, son cousin Itee Pootoogook et sa cousine Shuvinai Ashoona, Terrance Houle et Robert Houle, cousin de son père, ainsi que Gerald McMaster et sa fille Meryl McMaster.

Même s’ils sont généralement perçus comme des objets éphémères (reçus aujourd’hui, disparus demain), les matériels de promotion de ce type occupent étonnamment une place importante dans les collections des musées. Au MBAC, les dossiers de chaque artiste en sont remplis, et l’on y trouve un peu de tout, des éléments biographiques aux listes de prix, des affiches aux cartons d’invitation. Loin d‘être considéré comme de la documentation jetable, le contenu de ces dossiers est vu aujourd’hui comme étant indispensable.

Si nombreux sont les particuliers qui collectionnent ce type d’objets « de passage », les institutions n’ont pas été en reste au fil des années. Pour les chercheurs, de tels dossiers ont une grande valeur, notamment parce qu’ils facilitent le travail de chronologie. Lors d’une exposition récente au Musée des beaux-arts de Montréal, par exemple, les commissaires ont trouvé des renseignements aussi nouveaux qu’inattendus concernant la composition du Groupe du Beaver Hall et ses artistes, sur un carton d’exposition conservé dans un petit musée régional.

Les présentations d’exposition donnent à l’évidence de précieuses informations sur le cheminement et la carrière d’un artiste, ainsi que sur les changements en matière de graphisme. Parfois, l’esthétique témoigne d’innovations conceptuelles plus ambitieuses, et ailleurs, du budget limité d’un artiste de la relève. Très peu d’artistes ou de galeries auraient ainsi pu se permettre de produire l'élégante brochure à pliure en accordéon des Prix du Gouverneur général où figurent certains des créateurs représentés dans l’exposition.

Il arrive toutefois que les imprimés publicitaires aillent au-delà de la simple carte postale. Dans la portion que 25 x 25 consacre à Kent Monkman, par exemple, on verra une épreuve glacée 7 x 10 de son alter ego Miss Chief, montée sur carton, que l’on pourrait encadrer.

Le matériel promotionnel a généralement pour vocation de montrer le meilleur de l’offre proposée. Ne dérogeant pas à la règle, les publicités envoyées par la poste présentées dans 25 x 25 se veulent un instantané de ce que l’artiste et/ou sa galerie pensent le mieux exprimer son travail du moment. Qu’est-ce qui, en fin de compte, attirera acheteurs, conservateurs, critiques et admirateurs? La couleur? La beauté? Les idées? La controverse?


Daphne Odjig, Harmonie et l'univers (détail), 1986, acrylique sur toile. Collection de Philip Gevik, Galerie Gevik, Toronto

Visiter cette exposition, c’est aussi comme faire un voyage dans le temps pour quiconque a suivi la carrière des artistes concernés. Coyote, d’Edward Poitras, œuvre créée pour la Biennale de Venise de 1995, y figure, tout comme Harmony and the Universe [L’harmonie et l’univers] (1986), de Daphne Odjig, et Sans titre (1986), d’Alex Janvier.

Dans la plupart des cas, les imprimés promotionnels concernent des expositions individuelles. Mais quelques-uns, néanmoins, regroupent plusieurs artistes, comme c’est le cas pour le prospectus Terre, esprit, pouvoir, réalisé pour les besoins de l’exposition du même titre tenue au MBAC en 1992, qui a pour partie inspiré 25 x 25, avec certains artistes en commun. On pourra aussi admirer la série photographique en clin d’œil créée en 1992 par Rosalie Favell, qui montre des artistes et conservateurs autochtones de partout au pays, dont Alex Janvier, Daphne Odjig et Gerald McMaster.

À une époque où le numérique est partout, des invitations et autres publipostages électroniques aux campagnes de marketing en ligne, la promotion imprimée se fait rare. Raison de plus de collectionner ces objets, spécimens tangibles d’espèces marketing en danger appelées à disparaître un jour complètement, et peut-être plus tôt qu’on ne le croit.

Vincent van Gogh l’a déjà dit : « Les grandes choses sont faites en posant une série de petites choses ensemble ». Dans cette exposition de pièces en apparence plutôt modestes produites à travers les années pour assurer la promotion des artistes et de leurs œuvres, nous voyons des carrières se construire, des noms s’affirmer et, bien entendu, du grand art se créer.

25 x 25, couvrant vingt-cinq ans de matériel promotionnel par vingt-cinq artistes autochtones, est à l’affiche à Bibliothèque et Archives du Musée des beaux-arts du Canada jusqu’au 30 avril 2017. L’exposition complète Alex Janvier. Maître autochtone de l’art moderne, présentée jusqu’au 17 avril 2017.


Par Équipe MBAC| 16 janvier 2017
Catégories :  Expositions

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