Zidane au Musée des beaux-arts de Sherbrooke

Par Becky Rynor le 15 juillet 2013

Douglas Gordon et Philippe Parreno, Zidane, un portrait du 21e siècle (2006), installation vidéo numérique à 2 canaux, 90 min, installation aux dimensions variables. MBAC

Pour Sarah Boucher, conservatrice au Musée des beaux-arts de Sherbrooke, le moment n’aurait pu être mieux choisi.

La ville de Sherbrooke, au Québec, accueillant les Jeux d’été du Canada de 2013 au mois d’août, Sarah Boucher voulait s’assurer que son musée d’art séduirait à la fois les fanatiques de sport et d’art. Objectif atteint avec Zidane, un portrait du 21e siècle (2006), une vidéo prêtée jusqu’au 2 septembre 2013 par le Musée des beaux-arts du Canada.

« On voulait une exposition qui accompagnerait les Jeux d’été mais qui ne pas seulement axée sur le sport. Quelque chose qui aurait aussi un rapport avec l’art puisque nous sommes un musée d’art. Il fallait quelque chose de spécial. Zidane a été parfait en ce sens puisque l’œuvre a été réalisée par des artistes visuels et qu’elle porte sur le sport. »

Zidane, un portrait du 21e siècle est une fascinante vidéo de 90 minutes tournée à l’apogée de la carrière du super-footballeur français Zinedine Zidane. Produite par les artistes de renommée internationale Douglas Gordon et Philippe Parreno, elle explore notre fascination pour les vedettes populaires et pour les héros sportifs des temps modernes.

« Le but de cette vidéo est de montrer comment notre société fabrique ses héros et transforme en idole quelqu’un comme Zidane, explique Sarah Boucher. Et je constate que ça marche pour moi parce que je crois que je suis amoureuse de lui, ajoute-t-elle en riant. On a l’impression d’être sur le terrain avec lui. On l’entend respirer et parler. On voit son corps et ses pieds bouger. J’ai été stupéfaite et très heureuse du choix de cette installation. »

Douglas Gordon et Douglas Parreno ont réparti dix-sept caméras dans le stade madrilène de Santiago Bernabéu lors du match de championnat opposant le Real Madrid et Villarreal, en 2005. Les opérateurs devaient garder leurs caméras fixées sur le capitaine de l’équipe de France, Zinédine Zidane, pendant toute la partie. Le résultat est une vidéo habilement montée, juxtaposée à des séquences brutes de jeu projetées sur un écran adjacent. La bande sonore restitue les hurlements des 80 000 amateurs, les commentaires de la télévision espagnole et la musique originale du groupe écossais Mogwaï, créant une expérience à la fois immersive, enlevante et spectaculaire. 

« On va au-delà d’une vidéo de soccer parce qu’on ne suit pas le jeu, note Sarah Boucher. On suit Zidane. On ne sait même pas la marque. On voit Zidane, on entend les cris de la foule, les respirations, la musique. Ce n’est pas une partie de soccer, c’est une vision artistique. C’est un portrait de Zidane pendant une partie de soccer, c’est le sportif qui interagit avec les joueurs de son équipe, ce sont les liens particuliers qu’il a avec eux. »

L’un des moments les plus intenses est celui où l’athlète lui-même parle de son sport. En voix hors-champ, il décrit comment il a grandi avec ce jeu et l’impact que représente le fait jouer devant des milliers de supporteurs.

L’expérience est littéralement poussée à un paroxysme puisque chaque mouvement de Zidane est projeté, plus grand que nature, sur plusieurs écrans Les caméras portent un regard intense, imperturbable, sur Zidane, offrant ainsi au spectateur une proximité avec ces personnes dont nous faisons nos héros.

« Les gens appelaient au musée avant le vernissage, en juin, parce qu’ils voulaient voir le film tout de suite. Ici, au Québec, tout le monde connaît Zidane. Nous avons aussi beaucoup de Français, venus de France, qui étaient emballés par l’exposition. »

Pour Sarah Boucher, Zidane souligne de belle façon les Jeux du Canada Sherbrooke 2013 mais va plus loin encore. « Je n’ai pas d’enfants qui jouent au soccer, je ne joue pas au soccer et je ne suis pas une fanatique de soccer. Mais quand on est dans la salle, qu’il fait noir et qu’on entend la musique, on vit toute une expérience. On dit souvent que l’art contemporain est une expérience, qu’il faut ressentir l’œuvre, la voir. En voilà un merveilleux exemple. »


Par Becky Rynor| 15 juillet 2013
Catégories :  Expositions

À propos de l’auteur(e)

Becky Rynor

Becky Rynor

Basée à Ottawa, Becky Rynor est journaliste et rédactrice en chef.

 

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