100 Masters au Musée des beaux-arts de Winnipeg : une sélection d’œuvres à travers les époques

Par Robyn Jeffrey le 12 juin 2013

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Claude Monet, Français, 1840–1925, Waterloo Bridge, effet de soleil (1903), huile sur toile, 65,1 x 100 cm. Photographie de John Tamblyn. Prêt du McMaster Museum of Art, McMaster University, Hamilton

En cette ère du numérique, il est presque banal de créer et partager sa propre sélection musicale : des pièces qui peuvent survoler les genres, du hip-hop au country en passant par le classique. Mais ce qui est de plus en plus la norme en musique n’a pas forcément atteint les autres formes d’art. La nouvelle exposition au Musée des beaux-arts de Winnipeg, toutefois, semble taillée sur mesure pour les omnivores culturels qui n’ont pas peur de mélanger un peu de Rembrandt avec leur Richter.

L’exposition 100 Masters: Only in Canada [100 maîtres : seulement au Canada] comprime six siècles d’art sous un seul toit. Conçue et organisée par Stephen Borys, directeur du Musée des beaux-arts de Winnipeg (WAG), l’exposition réunit 100 chefs-d’œuvre pour commémorer le centenaire du WAG.

M. Borys a passé deux ans à parcourir le pays, choisissant certaines des pièces « phares » des collections de 28 institutions canadiennes (dont le Musée des beaux-arts) et deux américaines. La sélection présentée se divise à parts égales entre œuvres canadiennes et internationales, et est enrichie par des pièces de la collection permanente du WAG. Chaque artiste est représenté par une seule œuvre, à une exception : Alex Colville, avec deux tableaux.

L’exposition débute avec une salle aux murs rouges où sont installées des œuvres de grands maîtres des XVIe et XVIIe siècles, dont l’Adam et Ève richement illustré de Lucas Cranach l’Ancien et un automate de Matthias Walbaum, un des moments forts et surprenants de l’exposition : Diane et le cerf de Walbaum est conçu pour se déplacer sur la table et abreuver les convives à partir d’un cerf rempli de liquide à la tête amovible.

De là, les visiteurs commencent un voyage chronologique qui les mène à travers sept autres galeries à la découverte d’un impressionnant éventail de « maîtres » historiques et modernes, Claude Monet, Pablo Picasso, Emily Carr, Andy Warhol, Bill Reid et Wanda Koop, pour n’en nommer que quelques-uns. Outre ces noms célèbres, on retrouve des maîtres moins connus, comme le Français Dominic Serres, qui a peint au XVIIIe siècle plusieurs vues d’Halifax.

Une des forces de l'exposition est d'illustrer la grande richesse des collections canadiennes. Le visiteur sera surpris, par exemple, de découvrir que Le baiser (vers 1898), d’Auguste Rodin, appartient à la collection de la MacKenzie Art Gallery à Regina. Bronze à la fois plein de vie et délicat, Le baiser met en scène Paolo et Francesca, les infortunés amants de La divine comédie de Dante. Ce couple m’est revenu à l’esprit plus tard, devant le Miroir de la pensée (1937) de Frederick H. Varley, membre du Groupe des Sept. Peint après la fin d’une aventure et du mariage de Varley, cet hybride autoportrait/paysage montre l’artiste visiblement fatigué fixant un décor où évoluent seulement deux personnages, que l’on suppose être des amoureux.

Ce sont des liens de ce type, par-delà les époques, les techniques et les nationalités, qui font de 100 Masters une exposition si intéressante et enrichissante. Si chaque visiteur peut faire ses propres connexions entre les différentes salles, d’autres jaillissent de la juxtaposition de pièces en particulier. Celle de Vallée, du Québécois Jean Paul Riopelle, et d’Étude pour Portrait n° 1, du Britannique Francis Bacon, fait ressortir les touches blanches, grises et cramoisies de l’huile sur toile abstraite de Riopelle et suggère même une énergie semblable dans le trait de pinceau des deux artistes. 

Dans la sélection très bien pensée de cette exposition, ce sont les œuvres des maîtres autochtones qui sont les plus puissantes, particulièrement Lubicon, d’Alex Janvier, From Riel to Peltier [De Riel à Peltier], de Jane Ash Poitras et Killer Whale Transforming into a Thunderbird [Épaulard se changeant en oiseau-tonnerre], de Robert Davidson. Cette dernière, une sculpture cinétique d’un épaulard qui s’ouvre pour découvrir la tête d’un oiseau-tonnerre, est extraordinaire, et rappelle les chefs-d’œuvre sans équivalent de l’art autochtone que l’on ne trouve qu’au Canada.

100 Masters: Only in Canada est présentée au WAG jusqu’au 18 août.


Par Robyn Jeffrey| 12 juin 2013
Catégories :  Grands titres

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Robyn Jeffrey, écrivaine et réviseure, habite Wakefield, au Québec.

 

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