Iluliaq : un iceberg sublime

Par Katherine Stauble, MBAC le 04 juillet 2013

Inuk Silis Høegh, Iluliaq [Iceberg] [détail] (2013), épreuve au jet d’encre sur du filet recouvert de PVC. Matériaux de la photographie originale : Ivars Silis, 4000 × 2800 × 2800 cm. Installation exécutée sur place, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo © MBAC

M’étirant le cou pour voir l’imposant iceberg bleu-vert, j’entends le cric-crac musical de la glace en train de fondre, sur fond de moteurs de voitures. Le doux parfum des pins émane du jardin de la taïga. La chaleur de l’été m’enveloppe.

Je vis cette expérience agréablement déroutante dans le cadre de la grande exposition estivale du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), Sakahàn. Art indigène international. L’artiste groenlandais Inuk Silis Høegh a créé une œuvre spectaculaire intitulée Iluliaq, ou « Iceberg », qui fera tourner les têtes. Son image numérique composite, agrandie et imprimée sur 56 panneaux à mailles, recouvre le Grand Hall en forme de coupole du Musée. L’enregistrement audio de glace craquante et ruisselante qui l’accompagne est diffusé depuis des haut-parleurs perchés comme des oiseaux dans les arbres environnants.

Avec ses tonalités et textures variées et sa taille monumentale, Iluliaq transmet une impression de beauté terrifiante. Il est à la fois écume de mer tourbillonnante, masses de glace turquoise et crêtes froides et déchiquetées. Plus qu’une simple réplique d’un véritable iceberg, Iluliaq est une forme originale, inventée, créée par le montage, la manipulation et la « sculpture » d’innombrables images prises par le père de l’artiste, le photographe de renom Ivars Silis. « C’est pour moi une forme de plaisir coupable, avoue Høegh, que de construire mon propre iceberg. »

Pour l’ambiance sonore, l’artiste a enregistré la fonte d’un morceau de glace de glacier terrestre dans sa salle de bain. Il semble que celle-ci émette un craquement particulier.

Iluliaq est une réaction complexe aux changements climatiques. Les Groenlandais sont très au fait des fluctuations du climat, disait Høegh dans une récente entrevue : « Mais un refroidissement mondial et une expansion glaciaire représenteraient un problème aussi important, alors je ne porte pas vraiment de jugement moral. » Il préfère voir la dualité des choses, et son iceberg qui fond engendre des messages contradictoires. « Peut-être éprouvez-vous de la sympathie pour la glace parce qu’elle fond, suggère-t-il. Ou peut-être la voyez-vous comme une menace quand elle est aussi énorme et qu’elle envahit l’espace ? »

La signification ambiguë et la puissance majestueuse d’Iluliaq ont eu des précédents historiques dans l’art du sublime, au XIXe siècle. Dans des images dramatiques d’icebergs, de montagnes, de volcans et de chutes, des peintres tels Lucius O’Brien, Frederick Church et Caspar David Friedrich ont représenté la nature à la fois comme merveilleuse et inquiétante, et aussi comme symbole de quêtes métaphysiques et spirituelles.

Inuk Silis Høegh a créé sa première installation d’iceberg pour COP 15, la conférence de 2009 sur les changements climatiques tenue à Copenhague, et il a depuis réalisé d’autres projets sur le même thème, mais qui portent un regard humoristique sur la question de la domination culturelle. Avec une surface de plus de 4 600 mètres carrés (l’équivalent de presque 18 terrains de tennis), Iluliaq est la plus grande œuvre d’Høegh jusqu’à maintenant. À partir du milieu de l’été, des ouvriers vont graduellement retirer les panneaux, du sommet de l’iceberg en descendant. Ainsi, le Grand Hall émergera de l’iceberg à mesure que celui-ci fondra, pour disparaître entièrement en décembre 2013.

Aussi puissant que fragile, Iluliaq est un apport sublime au paysage urbain.

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Par Katherine Stauble, MBAC| 04 juillet 2013
Catégories :  Grands titres

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