James Wilson Morrice : le don de l’œuvre d’une vie

Par Alexia Naidoo le 05 janvier 2016

   

James Wilson Morrice, La maison rose, Montréal (aussi la vieille maison, Montréal) [v. 1905–1908], huile sur toile. Don de A.K. Prakash, Collection J.W. Morrice, 2015. MBAC, Ottawa

C’est sans doute un des dons les plus significatifs dans l’histoire du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) : une collection de 50 œuvres d’une des figures les plus reconnues de l’histoire de l’art canadien, James Wilson Morrice (1865–1924).

Le donateur, Ash Prakash, est un auteur et collectionneur d’art canadien réputé, ainsi qu’un mécène distingué du MBAC et un membre du conseil d’administration de la Fondation du MBAC.

« Il a d’emblée été clair que M. Prakash s’intéressait de très près à l’utilisation qui serait faite dans les programmes et la recherche du don de la collection Morrice, sans doute le plus vaste ensemble d’œuvres de cet artiste dans le domaine privé », témoigne Karen Colby-Stothart, directrice générale de la Fondation du MBAC, à Magazine MBAC. « C’est un véritable passionné de Morrice, dont il collectionne le travail depuis 40 ans. »

 

James Wilson Morrice, Fille dans un fauteuil (v. 1900), huile sur toile. Don de A.K. Prakash, Collection J.W. Morrice, 2015. MBAC, Ottawa

Né à Montréal en 1865, Morrice part en 1890 pour Paris avec l’intention d’y faire une carrière artistique. À la différence de nombre de ses compatriotes qui ne restent sur place que le temps de leur formation ou pour un voyage de croquis, Morrice choisit de s’installer pour de bon dans la Ville Lumière. Il est le premier (et le seul) artiste canadien à connaître une véritable carrière d’envergure internationale dans ce qui est, à l’époque, la capitale du monde des arts. Même s’il ne parle pas français à son arrivée, il ne tarde pas à s’intégrer dans les cercles artistiques parisiens et à connaître un succès aussi retentissant que durable. Il est invité à exposer lors des salons aux côtés de tous les grands noms, tels Monet et Matisse.

Paris vit à cette période un moment important en matière d’approches modernistes de l’art. « Il n’y a pas que l’impressionnisme, mais aussi le postimpressionnisme, le fauvisme, etc. Morrice en est parfaitement conscient, mais sa capacité à forger son propre style fait qu’il est impossible de le définir avec un seul mot : il est à part », dit Katerina Atanassova, conservatrice principale de l’art canadien au MBAC.

La renommée de Morrice ne se limite pas à Paris : il a une réelle influence au Canada, où il inspirera deux ou trois générations de créateurs d’ici. Il leur propose une vision de l’art comme reflet de la vie elle-même. « L’un des éléments centraux de sa pratique est la facilité avec laquelle il dirige l’attention du public vers l’essentiel et propose un rendu concentré des paysages et de la vie qui l’entourent. Il s’agit presque d’une expérience cérébrale, par opposition à visuelle », poursuit Atanassova.

  

James Wilson Morrice, Le marché des fruits, lʼAfrique du Nord (v. 1911), huile sur panneau. Don de A.K. Prakash, Collection J.W. Morrice, 2015. MBAC, Ottawa

Le don souligne le 150e anniversaire de la naissance de Morrice, et jouera un rôle essentiel dans le projet de réinstallation des salles consacrées à l’art canadien pour le cent cinquantenaire du pays en 2017. La collection est évaluée à 20 millions de dollars, selon les sources du MBAC.

Colby-Stothart précise que le MBAC est également à l’étape de la planification d’une rétrospective de l’œuvre de Morrice destinée à voyager dans les grands musées à l’étranger, ainsi que d’une collaboration possible avec l’Institut canadien de conservation. « Quand vous possédez la plus vaste collection au monde d’œuvres de James Wilson Morrice, cela transforme vos capacités de recherche. Nous avons maintenant un corpus d’œuvres très représentatif, tant stylistiquement que techniquement, ce qui nous donne un immense potentiel pour réaliser une analyse approfondie. »

Le don enrichit la collection Morrice du MBAC, qui compte déjà 138 pièces, de 50 œuvres, dont des panneaux grand format, diverses pochades de petites ou moyennes dimensions, cinq aquarelles et un carnet de croquis. On y retrouve non seulement des peintures réalisées à Paris, en Normandie et en Bretagne, mais aussi en Italie, en Afrique du Nord, aux Antilles et, bien sûr, au Canada, tous des endroits où il a peint. Parmi les nouveaux chefs-d’œuvre, on notera Le jardin du Luxembourg, Paris (1905–1908); Havre (1909); et Canal à Venise (v. 1898–1900).

  

James Wilson Morrice, Canal à Venise (v. 1898–1900), huile sur toile. Don de A.K. Prakash, Collection J.W. Morrice, 2015. MBAC, Ottawa

« Au Canada, nous avons la chance d’avoir plusieurs philanthropes exceptionnels très attachés au développement de la collection du MBAC, reconnaît Colby-Stothart. Une des manières pour le Musée de reconnaître leur contribution à leur juste valeur est un programme de désignation; pour souligner l’engagement de M. Ash K. Prakash envers les arts, une des salles d’art canadien historique portera dorénavant son nom.

« C’est un incroyable esprit de collaboration qui nous a permis d’enrichir notre collection nationale au bénéfice des générations futures, en renforçant sa pertinence et son dynamisme, conclut Colby-Stothart. Ce don nous aidera à raconter l’histoire de James Wilson Morrice aux Canadiens et au monde entier. »

Une sélection d'œuvres de ce don historique est actuellement présentée dans la Galerie Ash K. Prakash des espaces d'exposition d'art canadien du MBAC.



Par Alexia Naidoo| 05 janvier 2016
Catégories :  Grands titres

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Alexia Naidoo est une journaliste pigiste dʼOttawa spécialisée en haute technologie, en politique et en art.

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