L’art d’ici, une splendeur. Les nouvelles salles d’art canadien et autochtone

Par Katherine Stauble, équipe MBAC le 16 février 2017


William Raphael, Marché Bonsecours, Montréal, 1880, huile sur toile, 30,4 x 40,7 cm. MBAC

Katerina Atanassova parle avec passion dans son bureau donnant sur la rivière des Outaouais, entourée de livres sur l’histoire de l’art canadien, tout en traçant des lignes sur un plan d’étage. « L’une des principales raisons de ce projet est de regrouper les collections, d’intégrer l’art indigène, les photographies et la collection d’art canadien. »

Elle parle des plans ambitieux du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) pour transformer les anciennes salles d’art canadien à temps pour les célébrations du 150e anniversaire du pays cet été. La totalité de l’aile consacrée à l’art canadien, y compris les salles A100 à A114, le Jardin, la chapelle Rideau et l’Atrium Michael and Sonja Koerner Family, est maintenant fermée pour réaménagement. Elle rouvrira en juin 2017 sous le nom de salles d’art canadien et indigène.

Au cours de la dernière année, Katerina Atanassova, conservatrice principale de l’art canadien au MBAC, a travaillé sans relâche à la planification du réaménagement. En fait, c’est l’une des principales responsabilités qui lui ont été confiées à son arrivée au MBAC en 2014. À cette époque, le directeur du Musée, Marc Mayer, avait déjà l’idée de donner un portrait plus complet de la réalité de l’art au Canada, et d’offrir de nouvelles perspectives aux visiteurs. « Nous avons travaillé à partir d’une directive de Marc, précis-t-elle, visant à rendre la collection plus pertinente pour les publics du XXIe siècle. »

De nombreux changements passionnants sont dans les cartons. En collaboration avec ses collègues, Atanassova a élaboré une approche chronologique et thématique pour la collection canadienne, avec des thèmes comme la dignité du travail, les paysages habités et la tradition du portrait au XIXe siècle. Une section entière sera également consacrée aux artistes canadiens à l’étranger, et une autre aux scènes hivernales. Ces regroupements thématiques s’inscriront dans une présentation avant tout chronologique, mais offrant une certaine flexibilité pour permettre quelques exceptions. Le nouveau concept fera aussi de la place à de nombreuses œuvres acquises récemment dont le magnifique tableau Marché Bonsecours, Montréal de William Raphael, peint en 1880, et le charmant carnet de croquis réalisés par Emily Carr lors d’un voyage en Alaska en 1907. Plusieurs œuvres de la remarquable collection d’orfèvrerie du MBAC occuperont aussi une place prééminente.


Emily Carr, carnet de croquis Ma sœur et moi en Alaska (détail), 1907, carnet de croquis avec couvertures de papier, contenant 48 feuilles de papier vélin beige avec 46 dessins, 22,3 x 19,5 x 1,5 cm fermé. MBAC

La nouvelle approche de l’histoire de l’art visuel autochtone sera au cœur de cette transformation. De spectaculaires objets anciens créés par des artistes autochtones, notamment des sculptures de pierre et d’ivoire, des œuvres tissées, des tenues cérémonielles, de la broderie perlée et des décorations en piquants de porc-épic, des peintures, des sculptures et des gravures seront exposés dans les diverses salles. Parfois, les œuvres dialogueront avec celles de colons canadiens; parfois, elles exprimeront une démarche autochtone distincte.

Les œuvres mettront en évidence les thèmes communs à différentes cultures autochtones, par exemple la cosmologie et les visions du monde, la continuité culturelle, la diplomatie et la souveraineté, la décoration intérieure et le commerce, l’innovation et l’adaptation, les relations hommes-femmes ou encore l’identité individuelle et collective. Trois moments clés seront présentés comme des chapitres déterminants de l’histoire de l’art autochtone : la période pré-contact avec les Européens, représentée par des productions artistiques des premiers habitants et des nations fondatrices; le XIXe siècle et les merveilleuses tenues créées et portées par les peuples autochtones pour des cérémonies telles que les potlatchs et les danses du soleil; les années 1950 et 1960, période où l’art inuit et l’École de Woodland se sont intégrés à l’art canadien conventionnel.



Inconnu (Artiste Naskapie), Tunique de chasse, v. 1840, peau de caribou, peinture, fil, laine et perles de verre, mesures globales sur le mannequin : 95 x 80 x 50 cm. MBAC

Pour Christine Lalonde, conservatrice associée de l’art indigène, cette nouvelle approche marque l’engagement renouvelé du Musée des beaux-arts du Canada pour la représentation de l’art autochtone. « Et c’est pour le long terme », souligne-t-elle. Le Musée des beaux-arts du Canada a sollicité des prêts majeurs de collections canadiennes et étrangères pour proposer des œuvres emblématiques, et il fait appel à des conseillers qualifiés. « Nous avons tout de suite admis que l’envergure du projet nécessitait une expertise particulière. Nous avons donc mis sur pied deux comités consultatifs d’art autochtone qui nous ont aidés à concevoir la présentation, la sélection, le protocole et l’interprétation des nombreuses œuvres d’art. »

Un autre changement important que ne manqueront pas de noter les visiteurs est l’intégration de trésors de la collection de photographies canadiennes du MBAC. Andrea Kunard, conservatrice associée des photographies, a effectué une sélection d’œuvres qui relatent l’évolution de cette technique au Canada (allant de portraits, de paysages et de scènes urbaines du XIXe siècle à des abstractions et des images de l’Arctique du milieu du XXe siècle) et qui s’intègrent aux peintures, sculptures et œuvres autochtones exposées. « Nous voulons mettre l’accent sur les nombreuses formes différentes prises par la photographie au cours de ces périodes, confie-t-elle à Magazine MBAC. Nous mettons l’accent sur la manière dont les photographes ont façonné des images captivantes du territoire et de ses habitants tout en raffinant la technique pour en faire une forme d’expression artistique. » Poursuivant son fructueux partenariat avec Bibliothèque et Archives Canada, le Musée lui attribue deux espaces pour présenter sa vaste collection de photographies d’archives : un pour ses images anciennes, l’autre pour ses œuvres modernes. 

Pour l’aider à renouveler ses salles, le MBAC s’est assuré les services d’un muséographe de réputation internationale qui a travaillé en étroite association avec son équipe de concepteurs. Le Parisien Adrien Gardère a conçu des espaces d’exposition pour le Musée du Louvre-Lens dans le nord de la France, la Royal Academy of Arts de Londres et l’Aga Khan Museum à Toronto. Fort de son expertise en mobilier, en éclairage et en scénographie, il avait toutes les qualifications requises pour relever les défis que posait le réaménagement d’un espace architectural déjà spectaculaire.


Salomon Marion, Tabatière à l'agate, v. 1820, argent, agate, or, alliage d'or, cuivre et laiton, 2 x 7,6 x 5,4 cm. MBAC

Les anciennes salles d’art canadien occupaient 4 200 mètres carrés et 16 salles du second étage du musée. Les visiteurs qui entraient par le Grand Hall selon un parcours chronologique suivant un circuit plus ou moins rectiligne autour du Jardin central, de la chapelle et de l’Atrium. À partir de ces espaces, et pensant aux œuvres qui devaient être installées, Adrien Gardère a proposé un concept visant à élargir les vues, les passages et les sources de lumière naturelle pour créer une expérience plus flexible et plus attirante. « L’idée centrale, dit-il en entrevue à Magazine MBAC, est de créer une véritable rencontre et un véritable dialogue entre les collections d’art occidental et d’art autochtone. » 

Dans cette optique, le muséographe a suggéré d’ouvrir les murs de plusieurs petites salles latérales pour faciliter l’intégration et la communication entre les espaces et les œuvres qui y sont installées. « Il s’agit de rendre la visite plus fluide, explique-t-il, d’essayer de casser l’enfilade de salles fermées. Il s’instaurera ainsi un dialogue plus nourri entre les salles d’art autochtone et celles d’art canadien.

Adrien Gardère a aussi recommandé de modifier plusieurs cadres de porte pour unifier le style et de rafraîchir les teintes chaudes des planchers en bois franc avec une teinte plus neutre. « Ce sont de petits artifices conçus pour tirer avantage de la puissance des éléments architecturaux existants et les mettre en valeur. » 

Le chef métis Louis Riel aurait déclaré : « Mon peuple dormira pendant cent ans. Lorsqu’il s’éveillera, ce seront les artistes qui lui rendront son âme ». Au cours des derniers mois, de nombreuses œuvres parmi les plus appréciées et emblématiques au pays sont restées dans les réserves alors que d’autres, telle ce Manteau de chasse créé au XIXsiècle par une artiste naskapie, ont été préparées en vue de leur première installation au MBAC. L’inauguration en juin prochain promet d’être un éveil de l’esprit qui transformera la manière dont les visiteurs voient et s’approprient le riche patrimoine artistique de ce pays.

Toutes les salles d’art canadien sont fermées pour des travaux de rénovation. Elles seront renommées salles d’art canadien et autochtone et rouvriront le 15 juin 2017. Pour de plus amples renseignements veuillez cliquer ici.


Par Katherine Stauble, équipe MBAC| 16 février 2017
Catégories :  Grands titres

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