Le « poète maudit ». Les fleurs du mal de Charles Baudelaire

Par Jonathan Franklin, Chef, Bibliothèque, Archives et Programme de bourses de recherche, MBAC le 16 juin 2014

Émile Bernard, ‘Femmes damnées’, gravure sur bois dans Charles Baudelaire, Les fleurs du mal

« Les charmes de l’horreur n’enivrent que les forts »

—Charles Baudelaire

Le poète Charles Baudelaire (1821–1867) et le peintre Gustave Doré (1832–1883) ont vécu à la même époque et les deux artistes ont puisé leur inspiration dans le Paris du milieu du XIXsiècle. Toutefois, en plus d’être poète, Baudelaire a été un critique d’art percutant, et son concept du « peintre de la vie moderne » a durablement influencé Doré comme en témoignent ses inoubliables images de villes et de foules.

Les deux hommes ont aussi partagé la même fascination pour le « côté sombre » : Satan est à la fois une figure clé de la poésie baudelairienne et le sujet d’une des images classiques de Doré. Le poème d’Edgar Poe célèbre pour son atmosphère lugubre, Le Corbeau, a été traduit par Baudelaire et illustré par Doré.

En 1857, la parution du plus illustre de tous les ouvrages de Baudelaire, Les Fleurs du mal, fit immédiatement scandale et l’auteur fut poursuivi pour « outrage aux bonnes mœurs ». Le tribunal ordonna la suppression de six poèmes, dont « Femmes damnées » pour lequel Émile Bernard (1868–1941) avait gravé cette image.

Émile Bernard, ‘Bénédiction’, gravure sur bois dans Charles Baudelaire, Les fleurs du mal (1916)

Dans une autre illustration de Bernard, celle-là pour le poème « Bénédiction », le poète, concentré sur la lecture d’un livre, ignore les regards hostiles que dardent sur lui les bourgeois qui vilipendent son œuvre. Depuis le scandale parisien du milieu du XIXe siècle, l’inspiration des Fleurs du mal a influencé des générations d’artistes visuels — jusqu’au Canadien Jeff Wall (1946–) comme l’illustre Le pique-nique des vampires (1991).

Né quelques dizaines d’années plus tard, Émile Bernard n’en a pas moins grandi en lisant, voire imitant, la poésie de Baudelaire. Dans les années précédant le 50e anniversaire de la mort du poète, il fut approché par l’éditeur et marchand d’art parisien Ambroise Vollard (1866–1939) qui lui demanda de concevoir le graphisme et d’illustrer une nouvelle édition d’art des Fleurs du mal qui devait comprendre les six poèmes interdits. Bibliothèque et Archives du Musée des beaux-arts du Canada vous invite à découvrir un choix de pages illustrées de gravures sur bois venant d’un exemplaire non relié de cet ouvrage dans l’espace d’exposition du foyer de la Bibliothèque, aux heures ouvrables et jusqu’au 15 août 2014.


Par Jonathan Franklin, Chef, Bibliothèque, Archives et Programme de bourses de recherche, MBAC| 16 juin 2014
Catégories :  Grands titres

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