Nouveau Monet au Musée des beaux-arts du Canada

Par Becky Rynor le 02 octobre 2013

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Claude Monet, Le Pont de bois (1872), huile sur toile, 54 x 73 cm. Collection particulière

Paul Lang se souvient du moment exact où il a posé son regard sur Le Pont de bois pour la première fois, en décembre 2000, au Musée du Luxembourg. « Je dois dire que c’est une peinture que je n’ai jamais oubliée, affirme le directeur adjoint et conservateur en chef du MBAC. C’est une œuvre d’une telle qualité. J’affectionne beaucoup les débuts de l’impressionnisme et celle-ci est une des meilleures peintures de jeunesse de Monet. »

Lang a continué à suivre cette toile, sachant que, « tôt ou tard », elle se retrouverait sur le marché de l’art. Il a récemment suggéré à un collectionneur privé canadien de faire une offre lors des enchères : « C’est un tableau que nous n’aurions jamais pu acheter avec notre budget d’acquisition et nous savions que cette personne allait accepter de nous mettre à disposition Le Pont de bois dans le cadre d’un prêt à long terme. »

La recommandation de Lang s’inscrit dans une stratégie plus vaste visant à identifier les lacunes au sein de la collection du MBAC : « Avec quatre toiles des mains du peintre, nous  disposons déjà d’une bonne évocation de l’œuvre de Monet. Mais elles datent toutes d’au moins une décennie plus tard, et aucune ne traite du thème de la vie moderne, ou n’évoque un contexte historique ou social. Ce tableau, c’est tout ça. J’ai su d’emblée qu’il représentait exactement ce que nous cherchions. »

« Au début de 1872, Monet ne pratique pas encore la technique impressionniste, précise Lang. Il peint en aplat, manière utilisée par Édouard Manet, premier propriétaire de ce tableau. Ce tableau peut du reste être perçu comme un hommage à Manet. La même année, Monet fait évoluer très rapidement son métier et peint sa toile probablement la plus célèbre, Impression, soleil levant, qui sera appelée à donner son nom au mouvement impressionniste. »

Anabelle Kienle Ponka, Conservatrice associée  au département d’Art européen et américain, ajoute : « Nous pouvons situer historiquement ce tableau avant la naissance de l’impressionnisme, à un moment crucial pour la peinture française du XIXe siècle. Il s’agit également de l’un des premiers tableaux qu’il consacre aux ponts, un motif qu’il continue à explorer tout au long de son œuvre. »

Le pont qui enjambe la Seine entre Argenteuil et Paris constitue un lien important entre la cité-dortoir et la métropole. Monet a donné à voir le pont au crépuscule, avec des ouvriers qui rentrent chez eux. Cette structure, détruite en 1871 par les troupes françaises qui battaient en retraite à la fin de la guerre franco-prussienne, est en cours de reconstruction. « Si les échafaudages et les poutres évoquent la réédification du pont, la circulation y a déjà repris », souligne Kienle Ponka. Monet est l’un des rares impressionnistes à avoir fait allusion aux mutations sociales, il choisit délibérément ce motif, comme le reflet de l’esprit indomptable de la France.

Le Pont de bois rejoint la collection existante de Monet du MBAC : Mer agitée (vers 1884), L’Aiguille vue à travers la Porte d’Aval, Étretat (1886), Jean-Pierre Hoschedé et Michel Monet au bord de l’Epte (vers 1887–1890) et Waterloo Bridge : le soleil dans le brouillard (1903), ainsi qu’un autre prêt d’une collection privée, Pluie, Pourville (1896).

« Nous pouvons maintenant proposer une forme de rétrospective du travail de l’artiste, dit Lang. Le Pont de bois n’est pas simplement un Monet de plus. C’est LE Monet qui manquait à la collection du MBAC. »


Par Becky Rynor| 02 octobre 2013
Catégories :  Grands titres

À propos de l’auteur(e)

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Basée à Ottawa, Becky Rynor est journaliste et rédactrice en chef.

 

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