Paolo Véronèse. Un maître et son atelier dans la Venise de la Renaissance

Par Stephen Gritt, Directeur, Conservation et Recherche technique, MBAC le 11 janvier 2013

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Vue d’installation, Paolo Veronese: A Master and His Workshop in Renaissance Venice. Avec l’autorisation du John and Mable Ringling Museum of Art, Sarasota, Floride. Photo : Giovanni Lunardi

Par un dimanche matin gris et bruineux, je monte à bord d’un camion à Ottawa pour entreprendre un voyage sans escale de 2650 kilomètres vers le sud. L’une des choses les plus intéressantes aperçues par la vitre au cours des 33 heures du trajet (outre mon premier opossum, endormi j’espère, sur le bord de l’autoroute en Virginie) était un champ où les vaches profitaient de l’ombre offerte par des palmiers. J’étais en Floride, bien sûr, où de telles choses inhabituelles peuvent se produire, mais cela m’a particulièrement frappé parce que j’avais passé les deux mois précédents à terminer la restauration d’un tableau où figurent des palmiers et oui, une vache. Cette toile, Le repos pendant la fuite en Égypte, de Paolo Véronèse et son atelier, de la collection du MBAC, était dans le camion avec moi, en plus de deux autres peintures de l’artiste. Notre destination : le Ringling Art Museum à Sarasota, en Floride, où les tableaux allaient faire partie d’une importante exposition intitulée Paolo Veronese: A Master and His Workshop in Renaissance Venice [Paolo Véronèse. Un maître et son atelier dans la Venise de la Renaissance], présentée du 7 décembre 2012 au 14 avril 2013.

Véronèse était effectivement un maître et, comme l’indique l’intitulé, il a travaillé à Venise au XVIe siècle. Avec Titien, qu’il connaissait, Véronèse était l’un des artistes les plus recherchés de son temps, travaillant pour nobles et notables, Église et État vénitiens, et ce, dans tous les formats, y compris les fresques murales. Une des qualités distinctives de son art était son talent à capter la magnificence, la frénésie et l’élégance de la vie à Venise à son époque, qu’il a traduites dans des portraits, bien sûr, mais aussi dans des peintures de sujet et même des retables, le cas échéant. L’exposition comprend également des exemples d’étoffes qui lui sont contemporaines, dans un état de conservation surprenant, qui illustrent encore mieux la facilité qu’avait Véronèse à donner dans ses œuvres un rendu somptueux aux textiles. 

À mes yeux, toutefois, l’une des plus grandes réussites de Véronèse repose sur la façon dont il a adapté sa technique de peinture et organisé son atelier pour permettre une réelle collaboration entre les membres de sa famille, ainsi qu’avec les autres avec qui il travaillait. Les méthodes qu’il a conçues pour y arriver sont devenues un modèle, qui s’est étendu par la suite à la formation des peintres.

L’exposition étudie cette dimension de collaboration, courant sous-jacent de toute sa pratique. On peut, bien sûr, simplement apprécier les superbes scènes et récits captivants, ou on peut s’intéresser à la question et comparer en détail des toiles semblables – il y a, par exemple, trois illustrations du baptême du Christ, placées côte à côte. L’une est de la main de Véronèse uniquement; la deuxième est faite en collaboration, probablement avec son fils Carlo; la troisième, immense, a été réalisée après la mort du maître et, selon la signature, est une création des « successeurs de Paolo ».

Pour en revenir aux vaches sous les palmiers, je suis particulièrement heureux d’avoir pu accrocher notre Repos pendant la fuite en Égypte tout juste à côté de la version du Ringling Museum, pierre de touche et inspiration de l’exposition, et qui est tout simplement magnifique. La nôtre, qui est le résultat d’un travail en collaboration, est un peu moins impressionnante, mais le récit est rendu d’une manière plus saisissante et le bébé, bien potelé, de la main de Paolo, est beaucoup plus satisfaisant – il est représenté au moment où il fait un miracle, tout de suite après avoir été changé. Les deux tableaux sont maintenant côte à côte, de la même façon qu’ils ont été peints, selon moi; c’est probablement la première fois, depuis 1572, qu’ils sont dans la même salle.

Pour ce moment d’excitation et pour d’autres bonnes raisons scientifiques, le MBAC a soutenu avec plaisir cette merveilleuse exposition par le prêt de trois tableaux importants, une participation active à la recherche et une contribution dans l’excellent catalogue. Si vous ne connaissez pas Paolo Véronèse, je ne peux imaginer meilleure façon de le découvrir. Et si vous pensez le connaître, vous ne serez peut-être pas au bout de vos surprises. Cette exposition est LE prétexte pour visiter la Floride cet hiver.


Par Stephen Gritt, Directeur, Conservation et Recherche technique, MBAC| 11 janvier 2013
Catégories :  Grands titres

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