Pays des merveilles arctiques, de Sarah Anne Johnson

Par Andrea Kunard, Conservatrice adjointe, photographies, MBAC le 15 décembre 2012

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Sarah Anne Johnson, Boîte noire (2010), épreuve à développement chromogène, teintures pour retouche photographique, encre acrylique, gouache et encre de Chine, lignes incisés, 70,9 x 106,6 cm. MBAC

L’Arctique a toujours eu sa place dans l’art canadien. Indépendamment de la foule d’estampes, de sculptures et de dessins sur des thèmes inuits créés par des artistes inuits, beaucoup d’explorateurs, artistes et photographes ont créé au fil des années de bien plus nombreuses œuvres marquées par leur époque et leur culture.

Ainsi, George Back a représenté l’Arctique au début du XIXe siècle comme une région à la fois terrifiante et d’une beauté surnaturelle. Les photos de l’expédition A.P. Low menée au début du XXe siècle suggèrent une souveraineté sur un territoire alors considéré comme terra nullius : une région vide, prête à être exploitée et occupée par des non-autochtones. Quelques décennies plus tard, trois membres du célèbre Groupe des Sept – Frederick Varley, Lawren Harris et A.Y. Jackson – voyagent à leur tour dans le Nord, cette fois-ci en quête d’une nature sauvage.

Dans les années 1940, l’artiste inuit Peter Pitseolak prend à rebours la perspective non autochtone sur le Nord en documentant la culture et les préoccupations de sa famille proche et de son peuple. Plus près de nous, Richard Holden, de Winnipeg, produit des images austères de paysages nordiques et Marlene Creates, de Terre-Neuve, documente en photos ses délicates interventions sur la nature.

Pays des merveilles arctiques, un ensemble d’œuvres rappelant des photos historiques, se fait l’écho de notre fascination pour le Nord. Les images d’icebergs flegmatiques flottant sur des mers vides et grises sous des cieux tumultueux et les montagnes arides qui surgissent des eaux glacées de cette récente série de l’artiste de Winnipeg Sarah Anne Johnson saisissent toute la majesté et l’immensité de cette région du globe. 

À la différence de ses prédécesseurs, Sarah Anne Johnson interagit avec l’image et présente un éventail de préoccupations d’ordre culturel grâce à des procédés tels que le relief, la peinture ou l’incision. Par exemple, la boîte noire en explosion de Boîte noire rappelle le mystérieux monolithe accélérateur d’évolution du film de Stanley Kubrick 2001, l’Odyssée de l’espace. Tout comme la résignation des personnages qui s’approchent de cet objet sombre et maléfique suggère une crise créatrice et spirituelle, le nuage à l’horizon de Nuage foncé évoque la malveillance et une catastrophe écologique imminente.

Outre des œuvres exprimant une angoisse devant la situation de l’Arctique et la menace d’un réchauffement climatique mondial, Sarah Anne Johnson propose des créations plus fantaisistes et plus réjouissantes, tels les feux d’artifice festifs et colorés d’Explosions ou l’optimisme débordant de Pyramide de meneurs de claques. Ces images sont pour elle des énoncés d’actes et de conséquences. Si les feux d’artifice et les confettis expriment des réjouissances, il n’en demeure pas moins qu’ils sous-entendent les tendances de l’homme à « foncer tête baissée sans réfléchir aux conséquences ». D’un autre côté, l’artiste pense que les meneurs de claques se rapprochent davantage des artistes – notamment de ceux qui s’engagent dans de grandes causes. Selon elle, le problème le plus grave de l’humanité à l’heure actuelle est l’avenir de l’Arctique, d’où l’obligation qu’elle se fait de créer des œuvres qui soulèvent des enjeux politiques et environnementaux. 

Outre ces inquiétudes, le travail de Sarah Anne Johnson exprime des positions conflictuelles sur l’Arctique. Pour certains, l’Arctique est une région idyllique et sublime; pour d’autres, elle est la frontière ultime d’une colonisation commerciale – un environnement mûr pour une hausse du tourisme – et le baromètre de la santé chancelante de notre planète.

Pays des merveilles arctiques est à la fois un lieu réel et imaginé. Marqué au sceau d’une exploration artistique moderne, ce projet enrichit le dialogue d’idées portant sur une région qui fascine l’humanité depuis plusieurs centaines d’années.


Par Andrea Kunard, Conservatrice adjointe, photographies, MBAC| 15 décembre 2012
Catégories :  Grands titres|Artistes

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