Sur la route : Jules de Balincourt au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM)

Par Lisa Hunter le 09 décembre 2013

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Jules de Balincourt, Ecstatic Contact (2012). Huile, acrylique et peinture en aérosol sur panneau. Collection particulière. Photo avec l’autorisation du MBAM

L’humoriste Jerry Seinfeld affirmait volontiers que sa célèbre émission de télé Seinfeld était « une série à propos de rien ». Par « à propos de rien », il entendait qu’elle pouvait traiter de n’importe quoi. En d’autres mots, Seinfeld s’était donné une liberté créative intégrée.

L’artiste étoile franco-américain Jules de Balincourt est dans une logique semblable. Sa nouvelle exposition au MBAM est volontairement en roue libre. On y retrouve des œuvres des derniers dix ans, portraits, paysages, pièces engagées, de tout.

De Balincourt s’explique dans le texte sur sa démarche artistique pour l’exposition du MBAM : « J’aime la notion du voyage par la peinture, l’idée de ne pas savoir où l’on sera ou ce que l’on verra tout au long de la route. En peinture comme en voyage, je ne veux pas suivre un trajet conçu à l’avance sur une carte. Je veux être libre, et je veux que ma démarche de création le soit aussi. »

Cet énoncé est plus audacieux qu’il ne paraît.

Les gens deviennent artistes parce qu’ils aiment expérimenter des idées, même si nous, le public, ne les laissons pas toujours faire. Nous aimons caractériser les artistes (« C’est celui qui prend des photographies de chiens, celle qui fait de l’art politique ») pour nous aider à comprendre leur œuvre.

Jules de Balincourt ne jouera pas à ce jeu avec nous. Ironiquement, plus ses peintures exposées sont diverses, plus son esthétique personnelle émerge, puisque c’est la seule trame qui relie ses créations.

De prime abord, ses tableaux empruntent à l’art brut : ils ont ce style en aplats, apparemment naïf, de dessins d’enfants. Mais de Balincourt est un initié par excellence, une vedette du Hunter College de New York depuis le milieu de la dernière décennie, et on le qualifie aujourd’hui de « maire de Bushwick [dans le communiqué de presse du MBAM] » à Brooklyn. Comme l’artiste canadien Marcel Dzama, dont le travail figure dans la collection du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), de Balincourt a gravité vers un faux style naïf pour des raisons esthétiques, et il aime jouer avec la dualité entre utopie et dystopie.

De Balincourt combine souvent esthétique « enfantine » et sujet dérangeant. Dans l’une des toiles de l’exposition, des spectateurs assistent à l’échange de bombes entre deux pays, comme s’il s’agissait d’un feu d’artifice. Dans une autre, quelqu’un semble avoir erré dans une jungle à la Rousseau, accroché ses sandales et son sac tissé, puis disparu. Dans l’art de Balincourt, la beauté est troublante, et vice-versa.

Chacune des œuvres de l’exposition vous pousse à vous arrêter et à vraiment regarder ce que vous avez devant vous. Si de Balincourt veut qualifier cela de « road trip », je serai heureuse de l’accompagner.

Jules de Balincourt, Peintures 2004–2013 est à l’affiche au Musée des beaux-arts de Montréal du 28 novembre 2013 au 23 mars 2014. Pour plus d’information, cliquez ici.


Par Lisa Hunter| 09 décembre 2013
Catégories :  Grands titres

À propos de l’auteur(e)

Lisa Hunter

Lisa Hunter

Lisa Hunter est une scénariste et journaliste culturelle de Montréal. Son livre, The Intrepid Art Collector, a été publié par Three Rivers/Random House Canada.

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