Transformations: A.Y. Jackson et Otto Dix

Par Becky Rynor le 28 octobre 2013

A.Y. Jackson, Novembre (1922), huile sur toile, 81,4 x 101,9 cm. MBAC. © Avec l'autorisation de la Carleton University Art Gallery, Ottawa, Ontario

L’artiste canadien A. Y. Jackson et l’artiste allemand Otto Dix viennent de pays et d’horizons différents, et chacun possède un style résolument différent. Tous les deux ont aussi combattu dans des camps opposés pendant la Première Guerre mondiale, mais tous les deux racontent pourtant une histoire militaire étrangement semblable grâce à un vocabulaire artistique commun.

« Il est assez évident qu’ils partagent une certaine forme d’esprit, note Laura Brandon, directrice par intérim de la recherche au Musée canadien de la guerre et commissaire de l’exposition. La question, ce n’est pas la guerre ou ce qu’il s’y est passé, ce sont les conséquences de la guerre sur les gens et les artistes, la façon dont la guerre a influencé le reste leur vie. »

Transformations réunit des peintures, des dessins et des estampes de Dix et de Jackson qui portent l’empreinte de la guerre. Toutes les œuvres proviennent de collections publiques et privées du Canada, des États-Unis et d’Allemagne, dont 17 de la collection permanente du Musée des beaux-arts du Canada.

Soldat de l’armée allemande pendant toute la Première Guerre mondiale, Otto Dix a déploré l’anéantissement physique et émotionnel de la culture allemande par les forces de la guerre. 

« Après quatre ans, blessé à deux reprises et assombri par ses célèbres descriptions de soldats handicapés, grièvement blessés et mutilés, il était devenu plutôt amer face à la guerre et à sa capacité de destruction », poursuit Laura Brandon.

A.Y. Jackson s’est enrôlé en 1915 et a été blessé en 1916. Guéri, il a été nommé artiste de guerre plutôt que d’être renvoyé au front. Laura Brandon rappelle : « Jackson dit que cette nomination lui a sauvé la vie. Autrement, il aurait été tué à la bataille de Passchendaele. Dix et lui ont en commun cette aptitude à tirer parti d’une sorte de langage symbolique qui fait partie du style paysager. »

 

Otto Dix, Le soir dans la plaine de Wijtschaete (novembre 1917) [1924], eau-forte et aquatinte sur papier vergé, 35,5 x 47,7 cm. MBAC. © Succession de Otto Dix / SODRAC (2013)

Selon Melanie Kjorlien, vice-présidente, Accès, Collections et Expositions au Glenbow Museum, l’approche unique de cette exposition permet de mieux comprendre le thème de la guerre et propose un nouveau regard sur le rôle des artistes de guerre.

« Sur le fond, il s’agit de comprendre l’influence de l’expérience de la guerre sur deux combattants de camps opposés, et il se trouve que les deux hommes sont des artistes, explique-t-elle. Ils ont vécu la même chose que les autres soldats des tranchées, qui ont eux aussi souffert de ce qu’ils voyaient et de ce qu’ils enduraient. »

Cette expérience de la guerre s’est reflétée dans leur art jusqu’à la fin de leur vie.

« Un grand nombre de paysages de Dix contiennent des moments de résistance, poursuit Laura Brandon. Un tableau illustrant une scène heureuse de champs de maïs ou bucolique de paysans renfermera donc une branche morte ou un coin de vigne mort. Ou bien un faucheur de blé sera représenté à côté d’une procession funéraire avançant à travers les épis. »  

Jackson disait de la Première Guerre mondiale qu’elle était la « ligne de division » entre sa vie et son travail.

« Il a attribué à ce conflit à peu près tout ce qui lui est arrivé après la guerre. En soutenant le massacre de son propre paysage – brûlé, enneigé, glacé –, les paysages de Jackson expriment l’importance des lieux qui sont nos cadres de vie. »

Laura Brandon affirme surtout que les deux artistes ont chacun utilisé leur expérience de la guerre pour transmettre un message sur la condition humaine et sur ce que devraient être les aspirations de l’homme.

« Tous deux se sont intéressés à leur pays, à la terre qu’ils habitaient et aux gens avec qui ils vivaient, et tous deux ont exprimé par leurs réalisations et du mieux qu’ils pouvaient l’importance de leurs valeurs. Ils se sont servis du vocabulaire de l’art à la fois pour souligner ce qui était bien et pour décrire ce qui ne l’était pas. »

Transformations: A.Y. Jackson & Otto Dix est à l'affiche au Glenbow Museum à Calgary jusqu'au 4 janvier 2014. En suite, l'exposition prendra l’affiche du 8 avril au 21 septembre 2014 au Musée canadien de la guerre.


Par Becky Rynor| 28 octobre 2013
Catégories :  Grands titres

À propos de l’auteur(e)

Becky Rynor

Becky Rynor

Basée à Ottawa, Becky Rynor est journaliste et rédactrice en chef.

 

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