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Harold Klunder, Autoportrait rouge (2004), huile sur toile, 213,5 x 213,5 cm. Musée des beaux-arts de Montréal, achat, legs Horsley et Annie Townsendt. Photo MBAM, Christine Guest
Imaginez que vous vous préparez à partir pour une destination exotique, inconnue. Opteriez-vous pour un voyage organisé, ou choisiriez-vous plutôt d’aller sur place et de vous débrouiller par vous-même ? Dans les musées, nous sommes généralement guidés (même si l’audioguide, c’est pour les autres). Les conservateurs font pour nous une présélection de ce qui est à voir. Ils organisent les œuvres de façon à créer une cohérence thématique qui nous permet de reconnaître des constantes, qui nous éduque.
Mais il existe un certain plaisir à déambuler au hasard. Nos découvertes semblent nous appartenir plus lorsqu’elles sont inopinées, et parfois une attraction « mineure » nous enchante plus qu’un incontournable. C’est pourquoi j’ai aimé l’exposition Art québécois et canadien, 1980-2010. Nouvelles acquisitions, présentée au Musée des beaux-arts de Montréal.
Elle n’est pas statique. Les œuvres d’art vont et viennent, ce qui lui confère une certaine fraîcheur (et protège les pièces délicates d’une trop grande détérioration). Ici, pas de cartel pour expliquer la « signification » d’un tableau ou l’importance d’une sculpture. Chaque œuvre suit sa propre voie, à nous de la sonder. Résultat : l’exposition est aussi palpitante et déroutante que l’art contemporain lui-même.
Toutes les pièces sont intéressantes, mais chacune est particulière. Dans la salle, une peinture de Kent Monkman qui revisite les paysages du XIXe siècle cohabite avec un audacieux autoportrait d’Harold Klunder; au sol, la sculpture Jouet d’adulte semble n’avoir rien en commun avec les deux précédentes. En fait, rien dans l’exposition ne « va » avec autre chose. Bienvenue en art contemporain.
Étudiants, on nous apprend à identifier les tendances et styles de l’histoire de l’art, et l’on peut ainsi faire la différence entre Baroque et impressionnisme, Renaissance et pop art. Sans doute est-il plus facile de juger de la qualité d’un tableau lorsque l’on a en tête une liste détaillée de tout ce qu’il devrait comporter, ou de ce que comportent ses contemporains.
Mais l’art actuel ne donne pas de réponses faciles. Nous pouvons essayer de le faire entrer dans un moule théorique, mais parfois cela revient à mettre un animal sauvage dans un sac de papier. C’est un art simplement trop vivant et sauvage pour être dompté.
Le Musée des beaux-arts de Montréal a fait le choix judicieux de lui créer un environnement sans entraves. Les visiteurs y ressentent ce léger frisson que procure la découverte de l’inattendu et de l’inconnu. Le plaisir de s’affranchir pour un moment de toutes balises.
Lisa Hunter est une scénariste et journaliste culturelle de Montréal. Son livre, The Intrepid Art Collector, a été publié par Three Rivers/Random House Canada.
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