Au-delà de Maria Chapdelaine : le livre illustré francophone au Québec

Par Jonathan Franklin, Chef, Bibliothèque, Archives et Programme de bourses de recherche, MBAC le 20 janvier 2014

Photo © Presses de l'Université Laval

Comme le proclame le texte de présentation de la collection « Le roman canadien » publiée par Édouard Garand dans les années 1920 à Montréal : « Un roman sans illustration est comme une maison sans fenêtres. » En fait, la maison d’édition d’Édouard Garand répond partiellement à la question que soulève l’historienne de l’art Stéphanie Danaux dans son nouvel ouvrage : en quoi le livre illustré publié entre 1840 et 1940 au Québec diffère-t-il du livre illustré du Canada anglais ?

Par son choix de textes et d’illustrations, Garand s’est révélé un ardent promoteur de l’identité nationale québécoise. S’il a su s’attirer les bonnes grâces des autorités catholiques, il a aussi séduit le lectorat grand public naissant avec un contenu parfois risqué. Sur le plan esthétique, ses propositions n’étaient pas toujours beaucoup plus réjouissantes que les grossières impressions sur papier médiocre des romans à quatre sous de l’Angleterre victorienne. Et les raccourcis étaient divers : un auteur fut ainsi stupéfait de découvrir que l’illustrateur de son roman dont il avait situé l’intrigue en 1857 avait bâclé une série d’images de fier-à-bras en costume de mousquetaires du XVIIe siècle. Trop tard, le livre était sous presse ! « Je crois que peu de personnes s’apercevront de l’erreur », écrivit Garand pour s’excuser.

Si ces « romans canadiens » font partie de l’équation, ils n’expliquent pas tout.  À l’instar de l’Ontario où les membres du Groupe des Sept illustrent alors de nombreux livres (l’exposition Artistes, architectes et artisans. L’art canadien 18901918 actuellement présentée au Musée réunit d’ailleurs plusieurs de ces planches), les grands noms de la scène artistique québécoise illustrent aussi des livres. Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté et Clarence Gagnon ont tous deux produit des images pour le classique Maria Chapdelaine, et Ozias Leduc et Jean Paul Lemieux ont illustré plusieurs livres au fil de leur carrière. Quant à Edwin Holgate, professeur de gravure sur bois à l’École des beaux-arts de Montréal, il a incité une génération entière d’artistes à rehausser les normes de la conception et de production de livres au Québec.

Là encore, l’histoire que raconte Stéphanie Danaux diffère subtilement de celle du Canada anglais. La grande tradition bibliophile héritée de France favorise souvent l’artiste aux dépends du concepteur du livre. Les illustrations peuvent être des œuvres d’art miniature imprimées indépendamment du texte, avec un procédé différent et souvent sur un papier particulier. Ce sont littéralement des hors-texte. Par exemple, bien que l’artiste du Québec Charles Huot ait survécu à Paris dans les années 1870 grâce à l’illustration de livres, il est sans doute mieux connu pour ses grandes peintures historiques qui ornent aujourd’hui la salle des délibérations de l’Assemblée nationale du Québec. Le style de ses illustrations de livres est tout aussi pompeux sauf qu’il s’agit de miniatures en noir et blanc. À l’inverse, en Ontario, les livres illustrés de cette époque sont davantage conçus comme des objets décoratifs homogènes, avec un texte et des images en parfaite harmonie selon les idéaux de William Morris et du mouvement anglais Arts and Crafts.

L’auteure s’arrête en 1940 – un choix judicieux. À la fin de cette décennie paraît Refus global, un livre illustré unique, voire atypique, qui vient tout chambouler et qui permet à des artistes du Québec, dont Alfred Pellan, de s’intéresser de près au livre en créant et multipliant des formules originales de livres d’artiste.

L’ouvrage de Stéphanie Danaux, L'iconographie d'une littérature : évolution et singularités du livre illustré francophone au Québec, 1840-1940 (Montréal [Québec], Presses de l'Université Laval, 2013) est disponible à la Librairie du MBAC. Pour une commande ou pour de plus amples renseignements, veuillez composer le 1-855-202-4568.

L’exposition Artistes, architectes et artisans. L’art canadien 18901918 est présentée au Musée des beaux-arts du Canada jusqu’au 17 février 2014.


Par Jonathan Franklin, Chef, Bibliothèque, Archives et Programme de bourses de recherche, MBAC| 20 janvier 2014
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