L’art de la bande dessinée

Par Peter Zimonjic, Éditeur vidéo en chef et rédacteur de contenu, MBAC le 30 juillet 2014

  

Photo © Yale University Press

Avec la vogue actuelle des films inspirés de bandes dessinées, qui accaparent une grande partie des recettes au guichet, et l’immense popularité des festivals de BD partout dans le monde, le moment n’a sans doute jamais été aussi propice à la publication d’un livre traitant du développement, du style, de l’histoire et de l’influence des bandes dessinées en tant que forme d’art.

Comics Art (Yale University Press, 2014) est un peu comme un composite avec une approche plutôt savante de la compréhension de l’expansion de la bande dessinée, en abordant ce média sous différents angles d’érudition (socioculturel, formaliste, idéologique, etc.). L’ouvrage peut sembler intimidant, mais le gourou de la BD, Paul Gravett, directeur du festival international de bande dessinée Comica à Londres et auteur de plusieurs livres sur les déclinaisons du genre, du manga japonais au roman illustré, fait l’effort de maintenir un ton léger et divertissant.

La publication est imprégnée de la thèse de Gravett selon laquelle les bandes dessinées ne sont pas simplement « de la sous-littérature, kitsch ou relevant de l’art populaire [...], mais un art à part entière avec son/ses système(s) et culture(s) propres ». Comics Art est truffé d’informations et anecdotes qui non seulement illustrent cette thèse, mais surprendront également de nombreux lecteurs. Le roman illustré, par exemple, est souvent perçu comme un nouveau média pour raconter une histoire, mais Gravett nous apprend que l’idée remonte à aussi loin que 1894. Il mentionne également le penchant de Picasso pour la BD, et l’aveu de celui-ci qui admettait que son seul regret dans la vie était « de n’avoir pas fait de bande dessinée ».

Aux amateurs du genre et de ses histoires, Comics Art donne une raison de plus de faire une distinction entre bulles et littérature sérieuse quand il s’agit de décrypter des événements historiques importants. Les lecteurs des X-Men de Marvel n’auront pas manqué de remarquer le thème de la persécution des minorités qui revient dans de nombreuses intrigues. Gravett parcourt la planète entière avec des exemples de la façon dont la bande dessinée a renversé la perception conventionnelle voulant qu’elle ne soit qu’un vecteur d’histoires pour enfants, démontrant à quel point les auteurs de BD ont abordé des sujets difficiles. On citera le cas du Belge J.P. Stassen et de son œuvre Déogratias (2000), qui raconte la vie d’un jeune garçon à qui l’on a enseigné les différences entre Hutus et Tutsis à l’école, et que l’on suit alors que ces différences dérapent dans la violence et la tragédie.

Sur un plan plus technique, Comics Art s’intéresse aussi à tout ce qui touche à la fabrication des bandes dessinées, analysant notamment les succès divers des bandes dessinées muettes, ces histoires en image seulement, sans bulles ou légendes. Le livre aborde également la manière dont on construit les planches pour qu’elles fonctionnent ensemble dans un récit, la durée (courte ou longue) entre elles, et la façon dont les lecteurs peuvent accrocher ou au contraire décrocher d’une histoire en fonction de la mise en page.

Curieusement, Gustave Doré n’est pas mentionné dans l’ouvrage, apparemment une omission quand on sait que beaucoup considèrent l’artiste comme le premier à avoir publié ses planches dans les journaux. Gravett situe plutôt la naissance de la bande dessinée en 1896, date ayant fait consensus parmi un groupe d’experts réunis au festival de bande dessinée de Lucques, en Italie, en 1989. Mais bien entendu, la définition de ce qu’est une bande dessinée, avis d’expert ou pas, peut toujours faire débat. À partir de ce point d’origine, les experts en Italie se sont entendus sur le fait que la bande dessinée se caractérisait en premier lieu par l’emploi de bulles de dialogue, à la différence d’un texte sous ou à côté de l’image, forme utilisée par Doré.

Le livre est malgré tout une mine d’idées, d’histoire et d’analyses qui ravira tout amateur du neuvième art.


Par Peter Zimonjic, Éditeur vidéo en chef et rédacteur de contenu, MBAC| 30 juillet 2014
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