Lignes immortalisées. La photographie aérienne pendant la Première Guerre mondiale

Par Jonathan Franklin, Chef, Bibliothèque, Archives et Programme de bourses de recherche, MBAC le 18 août 2014

Photo © Yale University Press

Si vous étiez un général et que vous examiniez des photographies aériennes des lignes ennemies, pendant la Première Guerre mondiale, comment feriez la différence entre un véritable cratère de bombe et un qui a été réalisé artificiellement ? Ce dernier serait un peu trop parfaitement circulaire et ne porterait pas de trace d’une réelle explosion. Voici l’une des nombreuses questions posées dans le fascinant ouvrage La guerre vue du ciel : 1914–1918, le front en Belgique, de Birger Stichelbaut et Piet Chielens, publié en coopération avec le musée In Flanders Fields, d’Ypres, l’Imperial War Museum, de Londres, et le Musée royal de l’Armée et d’Histoire militaire, de Bruxelles.

On ne trouvera peut-être pas beaucoup de considérations artistiques dans ses pages, au-delà de quelques aquarelles produites par des soldats près du front et des photographies de cimetières allemands aux superbes aménagements – dont la plupart disparaîtront à la fin du conflit, alors que les restes qui y étaient abrités seront déplacés vers des lieux de sépulture collective.

Les clichés sont plus techniques qu’esthétiques. Il est intéressant d’apprendre que, parmi les collections de photographies aériennes de la Première Guerre mondiale qui sont parvenues jusqu’à nous, les archives officielles comprennent en grande partie des vues à vol d’oiseau. Elles étaient certainement plus utiles aux généraux sur le champ de bataille, et plus difficiles à comprendre pour les civils. Les albums et collections de souvenirs personnels, par ailleurs, présentent en général des plus petites quantités de vues obliques, s’approchant en cela d’une représentation plus traditionnelle du paysage.

On ne peut que s’émerveiller devant le courage des photographes. Comme l’explique un texte dans lequel est racontée la prise de vue d’un chasseur allemand, réalisée par un photographe allié depuis un autre aéronef à portée de mitrailleuse, les conditions de travail étaient des plus perturbantes. On trouve aussi ce frisson anticipé des images avant-après : le paysage bucolique de Passchaendale, devenu véritable bourbier. Et, plus surprenant, une certaine fascination pour les représentations de villages et villes en reconstruction au début des années 1920, sans oublier les photographies aériennes en apparence neutres des mêmes lieux, prises en 2012.

L’objectif, avec ce livre, est de permettre aux photographies de présenter le paysage de la Première Guerre mondiale avec une neutralité didactique. Mais l’esthétique et l’émotion s’infiltrent inévitablement, tout comme l’eau boueuse dans les tranchées. La préface fait allusion à la souffrance de la campagne, tendance anthropomorphique, reprise vers la fin de l’ouvrage et présentant celle-ci comme le « dernier témoin » du conflit, maintenant que les combattants humains se sont tous éteints.

Il y a également une référence au poème Au champ d’honneur, écrit le 3 mai 1915, au nord d’Ypres, par le médecin canadien John McRae. Les étudiants en art canadien pourront réfléchir à la relation parfois faite entre les paysages de la Première Guerre mondiale et les représentations ultérieures du nord de notre pays, aride et sauvage, signées par des artistes canadiens, dont quelques-uns ont servi dans les tranchées.

Et enfin, au cas où vous seriez curieux de savoir pourquoi on pourrait se donner la peine de créer un cratère de bombe artificiel, vous trouverez aussi cette réponse dans le livre. Il s’agissait de terrains d’entraînement conçus pour l’acclimatation des soldats nouvellement arrivés au front au paysage où ils étaient venus vivre, et, beaucoup trop souvent, mourir.

La guerre vue du ciel : 1914–1918, le front en Belgique, Bruxelles (Fonds Mercator, 2013), est en vente à la Librairie du MBAC (disponible uniquement en anglais). La Grande Guerre. Le pouvoir d’influence de la photographie est à l'affiche au MBAC du 27 juin jusqu'au 16 novembre 2014. 


Par Jonathan Franklin, Chef, Bibliothèque, Archives et Programme de bourses de recherche, MBAC| 18 août 2014
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