Sheridan Nurseries et l’art du jardinage au Canada

Par Jonathan Franklin, Chef, Bibliothèque, Archives et Programme de bourses de recherche, MBAC le 02 décembre 2013

J.E.H. MacDonald. Dessin de couverture pour le catalogue de Sheridan Nurseries (1929)

S’il est tout à fait naturel d’acheter un livre sur l’histoire du jardinage pour offrir au temps des fêtes, on peut cependant s’interroger sur le rapport entre l’histoire centenaire de la pépinière Sheridan Nurseries, en Ontario, et l’histoire de l’art en général et l’exposition du Musée des beaux-arts du Canada, Artistes, architectes et artisans en particulier. En réalité, il existe plusieurs points de rencontre.

Les fondateurs de Sheridan Nurseries, Howard et Lorrie Dunington-Grubb, ont été les premiers architectes paysagistes du Canada. Ils ont aussi été des leaders dans leur domaine et se sont associés à plusieurs reprises avec différents artistes canadiens, notamment avec un membre du Groupe des Sept, J.E.H. MacDonald, qui a dessiné les couvertures de plusieurs de leurs catalogues, mais aussi avec des artistes telles que Frances Loring et Florence Wyle qui ont créé les sculptures de plusieurs de leurs jardins.

Malheureusement, seuls quelques dessins originaux de jardins de style Beaux-Arts conçus par les Dunington-Grubb sont parvenus jusqu’à nous. Parmi ceux-ci, citons ceux de l’Oakes Garden Theatre à Niagara Falls, du Gage Park d’Hamilton et des jardins de Parkwood, à Oshawa. Plus récemment pourtant, Sheridan Nurseries a poursuivi son dialogue avec des artistes grâce au programme Artists’Gardens de Harbourfront, à Toronto.

L’histoire de Sheridan Nurseries est aussi un récit élargi qui reflète l’essor du jardinage à mesure qu’il devient un passe-temps pour la classe moyenne canadienne. Paradoxalement, le nom même de la pépinière, Sheridan, est celui d’un hameau situé entre Toronto et Oakville qui finira par disparaître, victime de la même « banlieusardisation » rampante de l’après-guerre qui aura pourtant été à l’origine de son succès.

Le lecteur est surpris d’apprendre qu’il existait aussi peu de plantes ornementales au Canada en 1913, lors de la création de Sheridan Nurseries. Il est tout aussi surpris de découvrir tout le talent et le travail nécessaires à la sélection, à la propagation et à la popularisation d’arbres, d’arbustes et de vivaces capables de survivre aux hivers canadiens. Par exemple, le type de haies architecturales et les effets topiaires que les Dunington-Grubb avaient appris de leurs mentors britanniques, notamment Gertrude Jekyll, exigeaient du buis coréen (« résistant, même au Manitoba ») plutôt que la variété anglaise, moins robuste. Les chrysanthèmes seront une autre plante décisive pour la pépinière après 1940, et un de ses cultivars primés sera même baptisé « Madame Chiang Kai-Shek ». Parions que celui-ci n’aura pas longtemps été du goût du consulat chinois et que, s’il a existé une autre fleur baptisée plus tard Madame Mao, le livre a le tact de de ne pas en parler.

L’ouvrage contient de nombreuses références au personnel dévoué et travailleur de la pépinière (peut-être un peu trop). En revanche, celles-ci nous permettent de le lire comme une histoire sociale grâce aux souvenirs de ceux, nombreux – souvent des immigrants fraîchement débarqués du Danemark, d’Allemagne  et d’autres pays, ainsi que des Canadiens d’origine japonaise internés pendant la Seconde Guerre mondiale – qui ont contribué au succès horticole de l’entreprise.

L’auteur rapporte aussi quelques anecdotes savoureuses. Ainsi, lors de l’inauguration de Gage Park en 1927, il avait été prévu d’agiter un mouchoir pour faire jaillir l’eau de la fontaine, mais un des dignitaires eut le malheur de se moucher au mauvais moment…  ce qui eut pour effet d’arroser copieusement toute l’assistance. 

L’ouvrage Sheridan Nurseries: One Hundred Years of People, Plans and Plants est disponible à la librairie du MBAC. Pour une commande ou pour de plus amples renseignements, veuillez composer le 1-855-202-4568.

L’exposition Artistes, architectes et artisans: l'art canadien 18901918 est à l’affiche au MBAC jusqu’au 2 février 2014.


Par Jonathan Franklin, Chef, Bibliothèque, Archives et Programme de bourses de recherche, MBAC| 02 décembre 2013
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